Quand ASD et EMS forment un tandem: six exemples
Des exemples issus de six cantons montrent la diversité des coopérations entre les établissements médico-sociaux et l’Aide et soins à domicile – aussi au bénéfice de clientes et clients plus jeunes.
1) «Chez nous, le parcours de soins n’est pas une voie à sens unique»
2) Le domicile financé comme un EMS
3) Un Pôle Compétences et Qualité pour relier ASD et EMS
4) En institution en hiver, de retour à domicile au printemps
5) Service de piquet nocturne pour les EMS
6) Quand son propre logement est un lieu de vie accompagné

«Chez nous, le parcours de soins n’est pas une voie à sens unique»
L’organisation careköniz SA (BE) propose des prestations de soins et d’accompagnement ambulatoires et stationnaires sous une même entité. Elle est née début 2025 de la fusion entre le service d’aide et de soins à domicile SPITEX Region Köniz et les centres pour personnes âgées logisplus. Directrice de careköniz, Christina Gygax revient sur l’importance de cette fusion en termes de compétitivité et présente les avantages de cette offre intégrée pour la population.
EVA ZWAHLEN. Christina Gygax décrit sa première année à la tête de la nouvelle structure careköniz SA (BE) comme «très intense». L’organisation est née, début 2025, de la fusion entre SPITEX Region Köniz et les centres pour personnes âgées logisplus à Köniz, et propose aujourd’hui des prestations de soins et d’accompagnement ambulatoires et stationnaires d’une seule main. La directrice évoque de nombreux défis, tant internes qu’externes: «En 2025, nous avons été fortement mobilisés par la procédure d’appel d’offres du canton de Berne concernant les nouvelles régions desservies par l’Aide et soins à domicile 1. Parallèlement, il était essentiel pour nous de construire une organisation commune à tous les niveaux.» Afin de favoriser ce rapprochement, careköniz a organisé des retraites réunissant l’ensemble des cadres, offrant l’occasion de faire connaissance, de mieux comprendre le travail des uns et des autres et de développer une vision commune du leadership.
Un interlocuteur unique, gage de sécurité
Avant de prendre la direction de careköniz, Christina Gygax dirigeait SPITEX Region Köniz depuis 2019. Elle explique qu’elle était déjà en contact depuis un certain temps avec logisplus, les deux organisations partageant une vision centrée sur une prise en charge globale et intégrée. «Nous avions exploré différentes formes de collaboration, par exemple dans la formation continue ou l’achat de matériel, sans déboucher sur des projets d’envergure.» Elle poursuit: «A l’origine, nous souhaitions créer à Köniz un centre de santé réunissant différents acteurs.» Ce projet a toutefois échoué en raison des contraintes d’affectation liées au bâtiment envisagé, fixées par la commune. «Une modification de zone aurait nécessité une votation populaire. Nous ne voulions pas attendre aussi longtemps.»
Même sans centre de santé – et grâce à la fusion des prestations ambulatoires et stationnaires – un parcours de soins continu est désormais possible. «Chez careköniz, nous ne le concevons pas comme une voie à sens unique, mais comme une offre perméable dans les deux sens», explique Christina Gygax. Elle esquisse un parcours de soins possible: «Une personne peut par exemple emménager dans un logement adapté à l’âge, d’abord sans soins. Par la suite, des prestations peuvent s’ajouter, voire un passage par une structure de jour.» Une entrée en EMS peut ensuite constituer une étape supplémentaire. Pour les clientes et clients, cette offre perméable présente de nombreux avantages: «Ils disposent entre autres d’un interlocuteur unique, ce qui renforce la sécurité et simplifie les démarches.» La directrice est convaincue que careköniz contribue à la vision «Care@Home 2040» d’Aide et soins à domicile Suisse, qui vise une prise en charge intégrée et numérique à domicile d’ici 2040. Elle ajoute: «Pour une véritable intégration, il serait important d’inclure aussi d’autres acteurs, comme les hôpitaux ou le corps médical.»
Il s’agissait d’une fusion entre partenaires d’égale importance.
Christina Gygax
Directrice de careköniz
Renforcer la compétitivité
Actuellement, careköniz emploie 370 collaboratrices et collaborateurs et est constituée en société anonyme d’utilité publique. «Cette forme juridique est adaptée à une organisation de cette taille», souligne Christina Gygax. «Ce changement – d’association à société anonyme d’utilité publique – nous l’avons déjà effectué en 2023 au sein de SPITEX Region Köniz. Il était clair pour nous qu’une association ne pouvait plus gérer une structure de cette ampleur.» Il est essentiel, selon elle, d’expliquer aux clientes et clients, aux partenaires et aux autorités que les éventuels bénéfices sont réinvestis dans l’organisation.
Un parcours de soins perméable et le renforcement de la compétitivité ont constitué des moteurs importants pour la fusion, notamment en termes d’attractivité en tant qu’employeur: «Nous voulons apporter une réponse à la pénurie de personnel. Dans notre communication, nous mettons en avant le fait que nous proposons une offre globale et des perspectives internes», explique Christina Gygax. Les employés ont été associés dès le départ au processus de fusion, en veillant à identifier et à traiter précocement les incertitudes et les craintes. La taille des deux entités a joué un rôle clé: «Il s’agissait d’une fusion entre partenaires d’égale importance, et non d’un scénario où ‹le grand absorbe le petit›», précise-t-elle. Une attention particulière a également été portée à l’harmonisation des cultures d’entreprise ainsi qu’aux conditions de travail et d’engagement: «Toutes et tous doivent bénéficier des mêmes conditions.»
Malgré la fusion, l’organisation a choisi de maintenir des équipes de soins distinctes pour l’ambulatoire et le stationnaire. «Nous avons brièvement envisagé de regrouper les équipes et avons échangé avec des organisations ayant fait ce choix», explique Christina Gygax. Cette option a finalement été abandonnée, car la perception et la mise en œuvre de l’autonomie des résidentes et résidents en EMS, respectivement des clientes et clients à domicile, diffèrent selon les contextes. Elle ajoute toutefois: «Peut-être recevrons-nous un jour la candidature d’une personne prête à travailler dans les deux équipes. Cela me ferait très plaisir.»
Un parcours de soins fluide et le renforcement de la compétitivité ont constitué des moteurs importants de la fusion.
Christina Gygax
Directrice de careköniz
Le domicile financé comme un EMS
La société Thurvita SA (SG) réunit établissements médico-sociaux (EMS) et Aide et soins à domicile (ASD) sous un même toit. Particularité: son offre «Daheim – ein Leben lang» (Chez soi – toute une vie) peut relever, en termes de financement, à la fois du stationnaire et de l’ambulatoire.
KATHRIN MORF.Thurvita SA, basée à Wil (SG), a déjà fait l’objet de plusieurs articles dans le «Magazine ASD» (par ex. édition 6/2025). En raison de son offre «Chez soi – toute une vie» (anciennement: «Vieillir dans son quartier»), qui combine les logiques de financement entre EMS et Aide et soins à domicile (ASD), Thurvita se devait de figurer dans notre dossier «ASD et EMS». L’entreprise, qui emploie 387 collaboratrices et collaborateurs, exploite notamment cinq EMS ainsi que le service d’ASD Thurvita Spitex. L’offre intermédiaire de Thurvita «Chez soi – toute une vie» comprend des logements adaptés à l’âge, équipés d’un système d’appel d’urgence, dans lesquels une offre complète de soins et d’accompagnement est disponible 24h/24 et 7j/7. Ils sont rattachés à un centre de quartier, qui abrite notamment une antenne d’ASD disponible en permanence.
Le modèle «Chez soi – toute une vie» a été testé durant plusieurs années dans 28 appartements de la coopérative d’habitation pour personnes âgées de Wil. Mais il ne déploie pleinement ses effets que depuis peu: «En mars 2026, Thurvita a ouvert, dans le centre de quartier City, juste à côté de la gare de Wil, 32 appartements pour personnes âgées, une antenne d’ASD et un centre de jour axé sur les personnes atteintes de démence», explique Esther Indermaur, responsable des prestations ambulatoires chez Thurvita. La construction de 32 autres logements «Chez soi – toute une vie» près du centre pour personnes âgées «Sonnenhof» à Wil devrait s’achever comme prévu au printemps 2027. Par ailleurs, Thurvita étudie d’autres emplacements potentiels pour répondre à la forte demande.
Nos services ne fonctionnent pas côte à côte, mais ensemble.
Esther Indermaur
Responsable des prestations ambulatoires Thurvita SA
L’EMS vient à domicile
Selon Esther Indermaur, la prise en charge ambulatoire devient difficile lorsque les interventions ne sont plus planifiables ou que les besoins d’accompagnement augmentent fortement. Avec ses sites proposant des logements pour seniors, Thurvita remplit désormais toutes les exigences du canton de Saint-Gall applicables aux EMS. Cela permet, si nécessaire, d’assurer dans un appartement une prise en charge stationnaire, ce qui signifie que les prestations fournies peuvent y être facturées comme des prestations stationnaires. Cet aspect est déterminant, selon Esther Indermaur, car le financement stationnaire inclut notamment des prestations d’accompagnement dans le forfait journalier. «Chez Thurvita, nous sommes convaincus que le mode de financement ne doit pas déterminer le lieu de vie des personnes âgées», souligne la membre de la direction. Actuellement, aucun des logements ne fait l’objet d’une facturation stationnaire; par le passé, cela a toutefois été le cas à plusieurs reprises — et, grâce à une fourniture, une saisie et une facturation correctes de l’ensemble des prestations conformément aux conventions tarifaires, cela s’est déroulé sans difficulté.
Un concept innovant comme «Chez soi – toute une vie» et un réseau de prise en charge fiable pour les personnes âgées, offrant un large éventail de prestations intégrées, sont possibles chez Thurvita parce que les services «ne fonctionnent pas côte à côte, mais ensemble», comme l’explique Esther Indermaur: «Comme l’ASD et les EMS sont réunis sous un même toit, les processus, les systèmes et les approches s’imbriquent. Cela nous permet de faciliter les transitions – et d’accompagner les personnes tout au long de leur parcours.»
Un Pôle Compétences et Qualité pour relier ASD et EMS
Le Réseau Santé de la Sarine (FR) regroupe plusieurs prestations, dont un service d’aide et de soins à domicile (ASD) et un établissement médico-social (EMS). Afin d’améliorer la coordination et la continuité des prises en charge, l’organisation mise notamment sur le travail d’infirmières et d’infirmiers de pratique avancée APN – et sur une culture commune de la qualité.
FLORA GUÉRY. La création d’une Direction des soins transversale a permis de franchir une étape importante dans l’organisation du Réseau Santé de la Sarine (RSS). «Notre réseau regroupe plusieurs prestations et il devenait essentiel de renforcer la cohérence entre les différents secteurs», relève Muriel Gailhac, directrice des soins du RSS. La Direction des soins chapeaute le Service d’aide et de soins à domicile de la Sarine (SASDS) et le Home médicalisé de la Sarine (HMS), un établissement d’une centaine de lits à Villars-sur-Glâne comprenant un foyer de jour. Elle englobe aussi le centre de coordination qui fait office de guichet unique pour les demandes liées à l’aide et aux soins à domicile pour le district de la Sarine ainsi qu’aux placements en EMS. Au total, le SASDS, le HMS et le centre de coordination comptent plus de 300 collaboratrices et collaborateurs du domaine des soins. «La nouvelle structure organisationnelle permet de porter une vision commune, centrée sur les soins intégrés et la continuité des parcours de soins», explique Muriel Gailhac.
Une culture commune en construction
Certains processus ont été clarifiés voire harmonisés entre les secteurs, notamment en matière d’évaluation des besoins, de pratiques cliniques ou de démarches qualité. La coordination entre le SASDS et le HMS s’est ainsi améliorée, selon Muriel Gailhac, et la circulation de l’information est plus fluide: «Cela facilite les prises de décision lorsque des situations nécessitent une collaboration renforcée.» La nouvelle organisation permet aussi de mutualiser certaines compétences: l’équipe d’ergothérapie et l’équipe de diététique peuvent intervenir dans les deux milieux cliniques, également pour la formation. La construction d’une culture commune reste toutefois un processus progressif et parfois exigeant pour les équipes. Les soins à domicile et les EMS reposent en effet sur des logiques organisationnelles différentes: «Par exemple, le domicile privilégie souvent l’autonomie professionnelle et la flexibilité des interventions, alors que l’EMS fonctionne davantage selon des logiques institutionnelles structurées et protocolisées», observe la directrice. «La direction transversale doit donc constamment travailler à rapprocher ces cultures.»
Lorsque le Pôle Compétences et Qualité développe un projet, la question se pose toujours de savoir s’il peut être mis en œuvre dans les deux contextes.
Justine Wicht
Responsable Pôle Compétences et Qualité, Réseau Santé de la Sarine
Le rôle clé du Pôle Compétences et Qualité
Le Pôle Compétences et Qualité (PCQ), créé en juillet 2024, joue un rôle clé à cet égard. Il vise notamment à harmoniser les pratiques et à renforcer les compétences des équipes face à la complexification des situations, grâce à l’intégration de professionnels de pratique avancée APN – plus précisément d’infirmières cliniciennes et d’infirmiers cliniciens spécialisés (ICLS). «C’était un souhait de recruter des APN», souligne la responsable du PCQ, Justine Wicht, elle-même titulaire d’un master en sciences infirmières. «Le Pôle Compétences et Qualité agit comme un facilitateur du changement et s’appuie sur des pratiques fondées sur les preuves, transférables entre les deux milieux cliniques.» Lorsque le PCQ développe un projet, la question se pose toujours de savoir s’il peut être mis en œuvre dans les deux contextes, explique Justine Wicht. Une commission qualité réunit par ailleurs des professionnels des deux secteurs, et des campagnes communes de vaccination ou de prévention sont organisées, par exemple à l’occasion de la Journée mondiale de l’hygiène des mains.
Vers des formations en commun
Le PCQ contribue aussi au développement de la formation continue. En collaboration avec les ressources humaines du RSS, il a élaboré un catalogue de plus de 70 formations, articulé autour de trois axes: une thématique annuelle commune (en 2026, le partenariat avec le patient ou le résident), des formations destinées aux nouveaux collaborateurs et des dispositifs de maintien des acquis. Les contenus sont adaptés à chaque contexte, mais des formats transversaux sont actuellement à l’étude. «Nous envisageons notamment des formations communes autour de l’évaluation clinique», indique Justine Wicht.
Pour Muriel Gailhac, la création du PCQ permet aujourd’hui de mener des projets de manière plus coordonnée dans les domaines de la formation, de la qualité ou de l’innovation. «Dans un contexte où les métiers du soin sont exigeants, notre nouvelle structure permet aussi de mieux soutenir les responsables de terrain et d’accompagner les équipes dans les transformations du secteur», se félicite la directrice des soins. «Désormais, il faut mettre l’accent sur le développement de la qualité», conclut Justine Wicht.
En institution en hiver, de retour à domicile au printemps
Aujourd’hui, les établissements médico-sociaux (EMS) et l’Aide et soins à domicile (ASD) doivent assurer des transitions «perméables» entre les milieux de prise en charge, et ce dans les deux sens – y compris un
retour d’institution vers des soins à domicile. La Fondation Flury (GR), qui réunit EMS et ASD, garantit cette perméabilité de diverses façons.
KATHRIN MORF. Dans le Prättigau grison, la Fondation Flury comprend trois EMS (totalisant 168 lits et 170 employés) ainsi que le service d’aide et de soins à domicile (ASD) du Prättigau (environ 380 clientes et clients pour 65 employés). La fondation regroupe aussi, au sein d’une même entité, un hôpital et des offres de logement avec services. Le fait que la fondation intègre à la fois des EMS et un service d’ASD facilite souvent les transitions, explique Nicole Schneider, responsable Soins ambulatoires et conseil. «L’administration commune des clientes et des clients, et les échanges étroits entre l’antenne d’ASD et le service de gestion des lits, simplifient nettement la coordination. Les informations sont rapidement disponibles et les clientes et clients tout comme les résidentes et résidents n’ont pas à fournir sans cesse les mêmes données», précise-t-elle.
Les chambres de court séjour sont notamment utilisées après une hospitalisation.
Anna Katharina Castelberg
responsable de l’EMS de Jenaz, Fondation Flury
Passer la saison froide en EMS
Le regroupement de l’ASD et des EMS permet aussi de mieux concrétiser l’objectif de transitions perméables entre les cadres de prise en charge – autrement dit, un passage flexible du domicile à l’EMS et inversement. La Fondation Flury propose par exemple des séjours temporaires en EMS. «Ceux-ci durent en général de 14 à 25 jours. Si besoin, des phases de convalescence plus longues sont aussi possibles», explique Anna Katharina Castelberg, responsable de l’EMS de Jenaz. «Les chambres de court séjour sont notamment utilisées après une hospitalisation.» Les séjours de courte durée servent aussi à soulager les proches aidants ou font office de «journées d’essai» en vue d’une éventuelle entrée en EMS. Afin de rendre la transition la plus agréable possible, les personnes concernées sont souvent accompagnées par l’ASD lors de leur admission.
Un exemple de retour de l’EMS vers les soins à domicile est celui d’une femme qui, après une fracture du bras, a séjourné un certain temps dans un EMS de la Fondation Flury, avant de pouvoir rentrer chez elle – juste au moment où son jardin refleurissait au printemps. «Un hiver, un homme a dû être évacué en hélicoptère car il ne pouvait plus quitter sa maison en raison des importantes chutes de neige et qu’il était devenu trop difficile pour lui de se chauffer au bois», poursuit Anna Katharina Castelberg. «Une fois la situation stabilisée, il a passé quelque temps en EMS – et au printemps, grâce au soutien de l’ASD, il a pu retrouver son domicile auquel il était très attaché.»
Les séjours hivernaux en EMS ne posent donc pas de problème dans le Prättigau. «Lorsque l’ASD observe qu’un tel séjour pourrait devenir nécessaire, elle le signale assez tôt pour que des solutions puissent être recherchées en commun», explique Anna Katharina Castelberg, qui raconte: «Un jour d’hiver particulièrement froid, un homme âgé s’est présenté devant l’EMS avec sa valise, en expliquant qu’il voulait rester pour ‹passer l’hiver›. Au printemps, il a dit en souriant qu’il resterait finalement aussi pour l’été – et a fini par trouver durablement un nouveau chez-soi en EMS.»
Un pool de personnel pour tous les settings
La Fondation Flury dispose aussi d’une équipe de pool composée d’employés pouvant intervenir en EMS, aux soins à domicile ainsi qu’à l’hôpital: «Les principales conditions pour travailler dans ce pool sont surtout la flexibilité et le goût pour des missions variées», explique Nicole Schneider. Des circuits décisionnels courts renforcent encore cette flexibilité. «Ce modèle fonctionne notamment parce que l’ASD, les EMS et l’hôpital, réunis au sein d’une même organisation, partagent une culture commune.»
Service de piquet nocturne pour les EMS
Pour les petits EMS, les urgences liées aux soins survenant la nuit peuvent représenter un défi en raison du manque de personnel. Depuis une dizaine d’années, l’organisation d’aide et de soins à domicile du canton de Zoug propose à ces institutions un service de piquet nocturne rémunéré. La demande est en recul.
EVA ZWAHLEN. Afin de pouvoir couvrir les urgences liées aux soins pendant la nuit, les établissements médico-sociaux (EMS) doivent avoir suffisamment de personnel qualifié de niveau tertiaire. Cette exigence peut constituer un défi, en particulier pour les petits établissements. En effet, ils ne disposent pas toujours du nombre nécessaire de professionnels des soins pour assurer les interventions nocturnes en raison du manque de personnel. L’organisation d’aide et de soins à domicile du canton de Zoug (Spitex Kanton Zug) propose donc à ces institutions, depuis une dizaine d’années, un service de piquet nocturne rémunéré. «Nous avons chaque nuit des professionnels des soins diplômés en service. Ceux-ci ne sont toutefois pas toujours pleinement occupés», explique Carina Brüngger, directrice de Spitex Kanton Zug. L’organisation a donc pris contact avec les EMS pour leur proposer d’assurer un service de nuit.
Les établissements disposent de plus en plus souvent d’un personnel soignant suffisant pendant la nuit.
Carina Brüngger
Directrice de Spitex Kanton Zug
La demande est en baisse
La collaboration entre les EMS et Spitex Kanton Zug repose sur un contrat; outre le service de garde, ce sont les interventions effectivement réalisées qui sont facturées. Carina Brüngger, qui quittera l’organisation en mai 2026 (voir brève), précise toutefois que la demande pour ce service diminue sensiblement depuis un certain temps: «Les établissements disposent de plus en plus souvent d’un personnel soignant suffisant pour assurer les services de nuit. Au cours des trois dernières années, nous n’avons donc plus effectué d’interventions sur place.» Les consultations téléphoniques ont aussi diminué, passant de sept appels à deux au cours des dernières années. L’organisation d’aide et de soins à domicile maintient néanmoins son propre service de nuit. Ceci afin de pouvoir assurer les interventions de soins nocturnes pour ses propres clientes et clients.
Quand son propre logement est un lieu de vie accompagné
SPITEX BASEL assure des interventions de soins psychiatriques communautaires dans des structures d’habitation socio-éducatives ou des institutions lorsque les ressources spécialisées nécessaires font défaut. Claudia Lötscher, responsable du développement professionnel, estime que la demande pour ces prestations va augmenter.
EVA ZWAHLEN. Lorsqu’on entend «Aide et soins à domicile», on pense généralement d’abord aux soins apportés aux personnes âgées chez elles. L’exemple de l’Aide et soins à domicile de Bâle (SPITEX BASEL) montre toutefois que ce «chez-soi» peut aussi être un groupe d’habitation ou un établissement – et que les clientes et clients peuvent être jeunes. Actuellement, le personnel des soins psychiatriques intervient auprès de plus de 20 clientes et clients dans des structures socio-éducatives ou d’autres structures stationnaires, notamment des logements accompagnés ou même des centres d’accueil pour requérants d’asile (la collaboration avec des institutions pour personnes en situation de handicap et l’apport de soins spécialisés sont présentés dans l’encadré).
Les soins psychiatriques communautaires peuvent contribuer à une vie autodéterminée — aussi dans un logement accompagné.
Claudia Lötscher
Responsable du développement professionnel, SPITEX BASEL
Jeunes adultes atteints de troubles psychiques chroniques sévères
Il s’agit le plus souvent de clientes et clients sortant d’une clinique et intégrant, par exemple, une structure socio-psychiatrique ouverte et facilement accessible. Conformément à la LAMal, les mandants de ces interventions sont généralement des hôpitaux ou des cliniques. SPITEX BASEL dispense des soins psychiatriques infirmiers en cas de besoin avéré, indépendamment de la situation de logement ou du cadre de prise en charge. Comme beaucoup d’institutions socio-éducatives ou groupes d’habitation ne disposent pas de personnel infirmier spécialisé en psychiatrie, l’expertise en soins dans le domaine des SPC est sollicitée en externe. «Le travail avec ces clientes et clients est exigeant et requiert un haut niveau de compétences infirmières», souligne Claudia Lötscher, responsable du développement professionnel et membre de la direction de SPITEX BASEL. Cela concerne par exemple la gestion des médicaments, ainsi que les interventions préventives ou visant à désamorcer les situations en cas de risque imminent pour soi-même ou pour autrui. Cela comprend également une prise en charge et un accompagnement intensifs en situation de crise, associés à des interventions de soutien ou de thérapie infirmière. «Nous élaborons des plans de crise et des stratégies d’adaptation avec des personnes ayant différents diagnostics et travaillons également la pleine conscience et la perception de soi», explique-t-elle. L’organisation permet aux personnes souffrant de troubles psychiques de vivre dans leur environnement habituel, en offrant un accompagnement personnalisé adapté à leurs besoins tout au long de l’évolution de la maladie 2. «Ces interventions ne relèvent pas spécifiquement de la psychiatrie de l’âge avancé», précise-t-elle. «Il s’agit le plus souvent de jeunes personnes atteintes de troubles psychiques chroniques sévères, souvent associés à des addictions ou à des troubles du spectre psychotique.» Dans le domaine des addictions également, le personnel infirmier est notamment chargé de la gestion des médicaments conformément aux directives de l’Autorité de protection de l’enfant et de l’adulte (APEA).
Des soins psychiatriques communautaires pour favoriser l’autonomie
Aujourd’hui, cette offre reste encore peu utilisée de manière systématique. «Nous intervenons lorsque des cas individuels nous sont adressés», explique Claudia Lötscher. Elle s’attend toutefois à une hausse de la demande en SPC. «Si les besoins du côté des prescripteurs devaient augmenter, nous devrions développer cette prestation de manière systématique, adaptée aux besoins et durable, en tenant compte de ce groupe cible spécifique.» Pour elle, cela est clair: «Les maladies psychiques graves, qui s’inscrivent dans la durée et s’accompagnent de limitations importantes, vont souvent de pair avec des atteintes psychosociales et une participation réduite à la vie sociale.» L’évolution souvent longue d’une maladie psychiatrique peut avoir une incidence considérable sur le vécu des personnes concernées, ainsi que sur leur capacité à gérer leur quotidien et leur niveau de fonctionnement social. Cela implique un besoin continu de soutien et justifie la mise en place d’un système d’aide et de prise en charge psychosociale, poursuit Claudia Lötscher. Les SPC peuvent contribuer à favoriser la gestion du quotidien, à permettre une vie autodéterminée et à éviter des hospitalisations, conclut-elle. Et ce, même lorsque «chez soi» signifie vivre en logement accompagné.
Les institutions pour personnes en situation de handicap
collaborent aussi avec l’ASD
KM. «Les institutions pour personnes en situation de handicap coopèrent de plus en plus avec l’Aide et soins à domicile», observe Rahel Stuker, directrice d’INSOS, l’association de branche des prestataires pour personnes en situation de handicap. Il y a plusieurs raisons à cela: «Les personnes en situation de handicap vivent elles aussi de plus en plus longtemps et ont besoin de soins plus spécialisés. De plus, elles quittent l’hôpital de plus en plus tôt – ou peuvent de plus en plus souvent être suivies en dehors du cadre hospitalier.» Ces tendances entraînent une hausse des besoins en soins dans ces institutions. «Beaucoup disposent de personnel soignant, mais celui-ci est rarement spécialisé.» Pour que les résidentes et résidents très dépendants puissent continuer à vivre – et aussi mourir – en institution, nombre d’établissements font appel à l’Aide et soins à domicile (ASD) pour des prestations de soins complexes ou de soins palliatifs. Selon Rahel Stuker, une autre raison de ces coopérations tient au fait que plusieurs cantons exigent des institutions pour personnes en situation de handicap qu’elles facturent les prestations de soins via la LAMal. C’est notamment le cas dans le canton de Berne, où la loi sur les prestations pour les personnes en situation de handicap (LPHand) consacre le principe de subsidiarité. Selon la fiche d’information relative à la facturation des prestations de soins via l’assurance-maladie, publiée par le canton en 2025, cela signifie que toutes les prestations en amont doivent être épuisées pour les soins de base et les soins de traitement avant que l’aide cantonale aux personnes en situation de handicap n’intervienne. Les institutions peuvent répondre à ce principe en obtenant une autorisation en tant que service d’ASD ou d’institution médico-sociale, ou en collaborant avec l’ASD ou des infirmières et infirmiers indépendants. «Les différentes logiques de financement rendent la situation inutilement complexe dans de nombreux cas», critique Rahel Stuker. Elle espère que la future mise en place d’un financement uniforme des prestations ambulatoires et stationnaires permettra d’améliorer la situation.
Les structures d’habitation ou institutions socio-éducatives de la ville de Bâle ayant besoin de SPC peuvent s’adresser à SPITEX BASEL: 061 686 96 15 ou anmeldung@spitexbasel.ch
- L’Office de la santé de la Direction de la santé, des affaires sociales et de l’intégration (DSSI) a redéfini en 2025, en collaboration
avec les prestataires, les régions de soins à domicile dans le canton de Berne. Les 47 périmètres existants ont été supprimés en 2026
et remplacés par 17 régions (source: www.be.ch). ↩︎ - Voir aussi le document de référence sur les soins psychiatriques communautaires (SPC) publié par Aide et soins à domicile Suisse www.magazineasd.ch/un-cap-clair-pour-les-soins-psychiatriques-communautaires ↩︎