1 min 11 septembre 2026

Congrès national Aide et soins à domicile: des données, des données et des données

«Les données – une boussole pour l’avenir»: tel était le thème du Congrès national Aide et soins à domicile d’Aide et soins à domicile Suisse (ASD Suisse), qui s’est tenu le 10 septembre 2026 au Kursaal de Berne.

KM, FG. Au fil d’exposés, de débats et d’ateliers variés, les plus de 550 participantes et participants ont constaté que les données offrent de nombreuses opportunités, mais comportent aussi certains risques. Et qu’elles sont bien plus que de simples chiffres: elles constituent notamment un outil central pour préparer l’Aide et soins à domicile aux défis de demain.
La série de photos suivante revient, en images et en mots, sur l’ensemble des exposés et les autres temps forts de ce congrès placé sous le signe des données.

→ Navigation sur PC: utilisez les flèches tout en bas de l’écran ou faites glisser les images en maintenant le bouton gauche de la souris enfoncé.

«Les données permettent de rendre visible ce qui reste parfois invisible au quotidien: la complexité de nos interventions, la qualité de notre travail, le temps nécessaire, l’impact et le coût de nos prestations ainsi que l’évolution des besoins en matière de prise en charge», a expliqué Thomas Heiniger, président d’ASD Suisse, en ouverture du Congrès national Aide et soins à domicile. Des données de qualité sont particulièrement importantes dans la perspective du financement uniforme des prestations (EFAS), qui s’appliquera aux soins à partir de 2032. Mais de bonnes données ne suffisent pas à assurer l’avenir de l’Aide et soins à domicile: encore faut-il être capable de prendre les bonnes décisions sur la base de ces données. (Photos: Anja Zurbrügg Photography)

Le modérateur Hannes Blatter a commencé par lancer un sondage. Il a notamment demandé aux participantes et participants quels légumes ils appréciaient. Ce type de données sur les préférences individuelles en dit parfois davantage qu’on ne le pense au premier abord, a-t-il expliqué. Le sociologue français Pierre Bourdieu (1930–2002) estimait en effet que les goûts sont liés à l’origine sociale, à la profession et à la formation. Parmi les personnes présentes, les pommes de terre ont remporté un franc succès. Selon Hannes Blatter et la théorie de Pierre Bourdieu, cela signifierait que les personnes interrogées «savent ce qu’est une vraie journée de travail».

Pascal Grieder, CEO de la Poste Suisse, a évoqué la transformation de la Poste. Pour conserver sa forte pertinence actuelle dans un marché très disputé, «nous devons continuellement développer notre offre et l’adapter à l’évolution des besoins», a-t-il déclaré. Pour y parvenir, la Poste mise sur le renforcement de son activité principale, une croissance ciblée ainsi que des mesures visant à simplifier et accélérer ses offres. «Les données jouent ici un rôle essentiel, car elles permettent d’anticiper les besoins de la clientèle et d’améliorer la qualité des services», a-t-il expliqué. Pour rester pertinente à l’avenir, la Poste doit aussi occuper une place centrale dans le monde numérique.

Pour ponctuer les différents exposés, ASD Suisse a diffusé trois «coups de projecteur»: de courtes vidéos illustrées par le dessinateur Jonas Raeber. Elles montraient comment les organisations d’aide et de soins à domicile peuvent améliorer leur bilan CO2 grâce aux données, ainsi que la manière dont le cockpit Heye permet de suivre l’évolution de l’offre (voir image). Le troisième coup de projecteur était consacré aux avantages du pool national de données HomeCareData d’ASD Suisse: «HomeCareData rend les évolutions visibles et crée ainsi une base fiable pour prendre des décisions fondées», pouvait-on entendre durant l’animation.

Gian-Luca Savino, Senior Researcher au Gottlieb Duttweiler Institut, s’est penché sur les opportunités et les risques des données pour le système de santé. Il a montré que les annonceurs peuvent prédire très précisément les centres d’intérêt des internautes à partir de leur localisation, de leurs achats, de leur historique de navigation et de leur environnement social. Une personne qui recherche sur Google un symptôme pouvant évoquer un diabète se verra ainsi rapidement proposer des publicités pour des produits destinés aux personnes diabétiques. Mais les données peuvent aussi sauver des vies: les montres connectées détectent par exemple la fibrillation auriculaire avec une précision de 84%. «La question n’est pas de savoir si nous collecterons toujours davantage de données, mais si nous saurons le faire avec la qualité et le sens des responsabilités qu’exigent les données de santé», a-t-il déclaré.

Camille Despland s’est exprimée sur l’«Evidence Based Nursing» (EBN), autrement dit les soins infirmiers fondés sur les preuves. La responsable de l’Unité Développement, Innovation et Recherche de l’AVASAD a souligné le rôle essentiel des infirmières et infirmiers cliniciens spécialisés («Clinical Nurse Specialists», CNS) dans la mise en œuvre des données scientifiques dans la pratique. Elle a cité l’exemple de la prévention des chutes: puisque les recherches montrent qu’une perte de masse musculaire augmente le risque de chute, l’AVASAD forme spécifiquement son personnel à agir sur l’activité de ses clientes et clients. L’EBN n’est pas une contrainte, a souligné Camille Despland, «mais une chance de faire bénéficier les personnes que nous accompagnons des soins les plus innovants».

Lors de la table ronde intitulée «La bonne boussole dans l’océan de données: pertinence des soins plutôt que collecte de données», Saskia Schenker, directrice de prio.swiss, l’association des assureurs-maladie suisses, a relevé que le secteur des soins aura besoin de nouvelles collectes de données pour l’élaboration de la structure tarifaire relative à EFAS. Il s’agit de la seule façon de disposer de données comparables à l’échelle nationale. En effet, les données liées aux prestations et aux coûts sont actuellement collectées de manière différente dans chaque canton, voire dans chaque commune ou institution. Elle a également précisé qu’il était important, dans le cadre de la mise en œuvre d’EFAS, «que le personnel soignant ne soit pas accablé par des collectes de données supplémentaires dans son quotidien».

Vera Schädler a représenté le point de vue des communes lors de la table ronde. Elle est secrétaire de département au Département de la santé et de l’environnement de la Ville de Zurich et membre du comité de la Conférence de la santé du canton de Zurich (GeKoZH). Elle a souligné que les communes n’avaient pas besoin de davantage de données sur les soins, mais de données plus fiables. Une analyse des coûts menée dans sa commune l’a notamment montré: une grande partie des organisations d’aide et de soins à domicile sans mandat de prestations n’étaient pas en mesure de fournir les données nécessaires. La commune a toutefois trouvé une oreille attentive lorsqu’elle a soumis le problème au canton. «Les choses sont en train de bouger», a-t-elle conclu.

Dans la lignée des propos de Vera Schädler, Jean-Jacques Monachon, président de NOMAD et participant à la table ronde, a plaidé pour que toutes les organisations d’aide et de soins à domicile, y compris celles sans mandat de prestations, soient associées à l’amélioration de la qualité des données. Selon lui, l’hétérogénéité croissante et la concurrence croissante dans la branche rendent également nécessaires des exigences en matière de qualité des données et des prestations. «De bonnes données sont déjà collectées, notamment avec interRAI HC», a-t-il relevé. Il faudrait en revanche mieux les exploiter, par exemple pour renforcer la prévention.

Gabriele Marty (2ème depuis la droite), directrice de l’Association d’aide et de soins à domicile de Bâle-Campagne et conseillère dans le domaine des soins de santé, a rappelé aux personnes présentes un autre défi: le système de santé s’appuie le plus souvent sur des données dépassées. Si la future structure tarifaire des soins n’en tient pas compte, EFAS «aura déjà du retard dès son lancement». Gabriele Marty a également demandé des exigences de qualité contraignantes pour tous les fournisseurs de prestations de soins. Elle a en outre estimé que la future structure tarifaire devait permettre aux organisations d’aide et de soins à domicile d’être financées de manière à respecter l’ensemble des critères EAE – soit l’efficacité, l’adéquation et l’économicité.

Toutes les personnes présentes ont pu participer à un quiz à choix multiples sur les trois partenaires premium d’ASD Suisse. Rolf Bona, CEO & Product Development de SmartLife Care SA, leur a demandé de deviner de combien d’années, en moyenne, un dispositif d’appel d’urgence permet de repousser l’entrée en institution: la bonne réponse était 3,4 ans. Hans-Peter Nehmer, Chief Communication Officer (CCO) d’Allianz Suisse, a demandé combien de collaboratrices et collaborateurs de l’Aide et soins à domicile bénéficiaient déjà des avantages proposés par Allianz: 562, a-t-il révélé, tout en estimant que ce chiffre pouvait encore être amélioré. Luca De Vito, Head of Marketing and Communication de Publicare SA, a demandé combien d’ordonnances Publicare obtenait chaque mois pour des clientes et clients de l’Aide et soins à domicile: la réponse correcte était «pas moins de 2000».

Pendant les pauses, les plus de 550 participantes et participants au congrès ne se sont pas seulement restaurés: ils ont aussi profité de l’un des aspects essentiels de ce «rendez-vous national de la branche de l’Aide et soins à domicile» pour faire connaissance, échanger et réseauter.

Les 45 exposants partenaires du congrès ont eux aussi proposé aux visiteuses et visiteurs de nombreuses innovations, informations et possibilités d’échange. Ils ont salué auprès d’ASD Suisse l’ambiance, la fréquentation ainsi que les nouveaux contacts qu’ils ont pu nouer. 80% des exposants souhaitent également participer au Congrès national Aide et soins à domicile 2027.

L’après-midi, la session A était consacrée au Programme national de développement de la qualité NIP-HC. Lancé fin 2025 sur mandat de la Commission fédérale pour la qualité (CFQ), il est mis en œuvre par ASD Suisse et l’ASPS et poursuit trois axes: le développement d’indicateurs de qualité, l’amélioration de la qualité des données et la mise en place d’un programme de développement de la qualité. Selon Philipp M. Mähner, responsable scientifique du NIP-HC à la ZHAW, l’objectif est d’impliquer le plus grand nombre possible d’organisations d’aide et de soins à domicile. Esther Bättig, collaboratrice scientifique d’ASD Suisse (voir photo), a présenté le projet de développer un tableau de bord dynamique à partir des données HCD. Florian Liberatore, responsable de projet à la ZHAW, a quant à lui souligné: «Les données sont au cœur du sujet, mais nous devons partir de la pratique et travailler avec le terrain.»

Lors de la session B, Marc Kaiser, CEO de Heyde (Schweiz) AG, a expliqué comment piloter une organisation à l’aide d’indicateurs. Il importe d’abord de définir des objectifs stratégiques pour l’entreprise. Les cadres peuvent ensuite analyser progressivement quels indicateurs influencent positivement ou négativement chaque objectif. «Dans l’idéal, un objectif doit être formulé en termes d’impact», a-t-il conseillé. Il ne suffit par exemple pas de se fixer pour but de réviser toutes les descriptions de poste: celles-ci doivent aussi être réellement appliquées par l’ensemble du personnel, plutôt que de finir dans un tiroir. Le deuxième exposé était assuré par Karin Bründler, consultante senior pour les administrations publiques et les organisations à but non lucratif chez BDO Suisse (voir photo), et Ruth Hagen, collaboratrice scientifique d’ASD Suisse. De bonnes données sont indispensables dans les négociations, mais elles ne parlent pas d’elles-mêmes, ont-elles souligné. Les organisations d’aide et de soins à domicile doivent être en mesure d’expliquer clairement à leurs interlocuteurs la réalité qui se cache derrière ces données. Elles devraient donc toujours se demander: «Comprenons-nous nos données? Sommes-nous capables d’expliquer nos conclusions de manière compréhensible? Notre interlocuteur comprend-il notre argumentation? Avons-nous pris en compte le point de vue de l’autre partie?»

Lors de la session C, Stefan Büren et Ljiljana Vukelja de Spitex Zürich (voir photo) ont parlé de Business Intelligence. Ils ont notamment présenté le modèle SIG de leur organisation, qui offre de nombreux avantages par rapport aux anciens tableaux Excel et cartes papier (SIG signifie «système d’information géographique»). Dans l’application correspondante, le personnel peut notamment consulter les adresses de l’ensemble des clientes et clients ainsi que les obligations spécifiques en matière de prestations qui leur sont associées. Lors des Championnats du monde de cyclisme à Zurich, l’organisation d’aide et de soins à domicile de Zurich a ainsi pu déterminer rapidement les conséquences de l’événement pour le travail des équipes. Le modèle SIG permet aussi, sur la base de nombreuses données géographiques, de déterminer l’emplacement optimal de futures antennes afin de réduire les temps de trajet. Le deuxième exposé était consacré au Baromètre CNO 2025 de Swiss Nurse Leaders. Hans-Peter Wyss, co-président de Swiss Nurse Leaders et CEO de Spitex Region Brugg AG, a présenté les résultats d’une enquête menée auprès de Chief Nurse Leaders (CNO). Ces cadres infirmiers siégeant au niveau de la direction ont indiqué que la pression sur les coûts avait désormais supplanté la pénurie de personnel qualifié au rang de principal défi, même si le manque de personnel continue de marquer profondément le système. Ils estiment par ailleurs que le plus grand potentiel d’optimisation des processus dans les soins réside dans le soutien numérique aux tâches administratives.

Le premier exposé de la session D portait sur l’utilisation des données de santé par l’Observatoire suisse de la santé (Obsan). Sonia Pellegrini, directrice suppléante, a montré comment ces données permettent notamment de mieux comprendre les modèles de prise en charge, d’anticiper les besoins futurs et de soutenir la planification des soins. Une limite importante réside toutefois dans le fait que les données sont souvent trop agrégées. Des données de qualité contribuent également à renforcer la visibilité de la branche: «Celui qui dispose de données est visible.» Le deuxième exposé a présenté les cinq recommandations principales pour les soins à domicile, publiées en janvier 2026 par la société académique des soins à domicile en collaboration avec smarter medicine. Elles concernent notamment l’autogestion ainsi que la détection de la violence, de la solitude et des changements de l’état de santé. Annina Cadruvi et Christine Reichart, co-responsables du projet (voir photo), ont encouragé les participantes et participants à intégrer ces thèmes dans leurs objectifs annuels ou leurs échanges professionnels. «Il ne s’agit pas d’en faire plus ou moins. Il s’agit d’agir de manière adaptée, d’agir ensemble et de répondre aux besoins réels», a résumé Christine Reichart.

Après les sessions, Barbara Studer, neuroscientifique et fondatrice de «Hirncoach», s’est intéressée au cerveau. Elle a expliqué que notre perception dépend notamment de notre posture: «Lorsque nous regardons vers le haut, nous nous sentons immédiatement plus optimistes.» Elle a également indiqué que le système limbique interprète d’abord tout changement comme une menace. Pour lui redonner un sentiment de sécurité, il est par exemple possible de poser la main droite sur le cœur et la gauche sur le ventre, puis de respirer lentement. Barbara Studer a aussi montré comment l’activité physique, l’humour, le chant ou la musique peuvent stimuler le cerveau et ainsi, par exemple, aider à prendre de meilleures décisions ou à mieux interpréter de grandes quantités de données.

Les derniers mots du congrès sont revenus à Marianne Pfister, co-directrice d’ASD Suisse, qui a remercié les personnes présentes venues de toute la Suisse, les intervenantes et intervenants, les participantes et les participants de la table ronde, le modérateur – ainsi que le personnel de la direction d’ASD Suisse, qui a organisé avec succès le plus grand congrès de l’histoire de l’association faîtière à ce jour.

En guise de cadeau de départ, l’ensemble des participantes et participants a reçu une attention illustrant de manière savoureuse le thème du congrès: une grande pièce en chocolat ornée d’une boussole. Celle-ci rappelait ce qu’ils avaient appris sur les données comme boussole pour l’avenir de l’Aide et soins à domicile. Au dos de l’emballage figurait également la date à réserver pour le prochain Congrès national Aide et soins à domicile: le 2 septembre 2027.

Plus d’articles

Un nouvel espace pour imaginer l’habitat de demain

L’institution genevoise de maintien à domicile (IMAD) a inauguré le 26 novembre 2025 le Lab’appart, un espace conçu pour tester des ...

L’ASD adoucit la «Journée des malades» de ses clientes et clients

Nombre d’organisations d’aide et de soins à domicile (ASD) ont contribué à faire plaisir aux personnes malades ou en situation de ha...

Les associations d’aide et de soins à domicile dénoncent la convention tarifaire de l’AI

Les associations d'aide et de soins à domicile ont résilié la convention tarifaire avec l'assurance-invalidité (AI) pour la fin 202...