Le quotidien face à l’exceptionnel: cinq exemples issus du terrain
Cinq témoignages, cinq confrontations à des situations exceptionnelles: des organisations d’aide et de soins à domicile du Valais et du Tessin racontent comment elles font face aux catastrophes naturelles. A Berne et à Genève, la protection civile et le personnel soignant réfléchissent à la manière dont l’Aide et soins à domicile (ASD) peut gérer un blackout. Aide et soins à domicile Suisse conseille à toutes les organisations d’être prêtes à une éventuelle nouvelle pandémie. Et, après l’incendie dramatique de Crans-Montana (VS), les infirmières en psychiatrie de l’ASD ont répondu présent pour la population.
- Anticiper les risques naturels pour garantir la continuité des soins
- Un système tessinois de priorisation par couleurs pour les clientes et les clients
- Pour éviter que la lumière ne s’éteigne en cas d’urgence
- «L’Aide et soins à domicile doit se préparer à la prochaine pandémie»
- Une catastrophe provoque aussi des blessures psychiques
Anticiper les risques naturels pour garantir la continuité des soins
Depuis les laves torrentielles qui ont touché Lourtier en 2025, le CMS Martigny & Régions (VS) développe un concept de gestion de crise afin d’assurer la continuité des soins. «Nous voulons garantir les prestations essentielles sans mettre les équipes en danger», souligne Fabien Lottefier, directeur Aide et soins à domicile.
FLORA GUÉRY. En juin 2025, lorsque des laves torrentielles ont restreint l’accès au village de Lourtier, les équipes du centre médico-social (CMS) de Martigny & Régions ont continué d’assurer la plupart de leurs missions. Pour atteindre les clientes et clients coupés du reste de la vallée nécessitant des soins essentiels, certaines infirmières ont parcouru une partie du trajet en quad ou en véhicule tout-terrain, escortées à chaque fois par un pompier de la caserne du Val de Bagnes (voir photo). Fabien Lottefier, directeur Aide et Soins à Domicile, souligne la solidarité entre les acteurs locaux: «Une collaboration spontanée s’est très vite mise en place entre la commune, les pompiers, le garage local et le CMS pour que le personnel soignant puisse intervenir chez les clientes et clients prioritaires.»

Mesures pour mieux se préparer
Lors de catastrophes naturelles en Valais, la coordination générale est assurée par les états-majors de conduite communaux, en collaboration avec les autorités cantonales. Le CMS de Martigny & Régions est intégré à ce dispositif. «En cas d’événement majeur, une cellule de crise interne est aussi activée. Elle réunit des membres de la direction, des responsables d’équipe ainsi que des services supports», précise Fabien Lottefier. Ces dernières années, les équipes du CMS ont dû faire face à plusieurs événements majeurs: avalanches dans le Val Ferret, effondrement du tunnel de la Becques ou encore chutes de pierres coupant l’accès à Salvan et aux Marécottes. L’objectif a toujours été de garantir les soins essentiels tout en veillant à la sécurité du personnel.
Actuellement, un concept de gestion de crise visant à garantir l’approvisionnement est en développement en collaboration avec des experts externes. Une liste des clientes et clients prioritaires, dont les soins ne peuvent être interrompus, a déjà été établie. Le CMS s’emploie désormais à identifier plus clairement les partenaires mobilisables en situation exceptionnelle et à contribuer au renforcement de la collaboration régionale. Il souhaite également mieux anticiper les risques naturels pour pouvoir réagir rapidement, mais aussi développer sa communication interne et externe.
Après les laves torrentielles, les équipes ont réussi à assurer les prestations de soins essentielles malgré des conditions exceptionnelles.
Fabien Lottefier
Directeur Aide et soins à domicile au CMS Martigny & Régions
Forte capacité d’adaptation des équipes
Sur le terrain, les équipes s’appuient déjà sur leurs compétences, leur connaissance du territoire et le réseau local pour s’adapter aux catastrophes naturelles. Ce constat rejoint des observations réalisées dans le cadre du programme de recherche RISK-S (Résilience systémique et sociale face aux risques naturels) de la Haute école HES-SO Valais-Wallis, qui mettent en évidence l’importance des connaissances locales et des liens de proximité dans la gestion des situations exceptionnelles.1
Pour Fabien Lottefier, ces expériences montrent la forte capacité d’adaptation des équipes: «Après les laves torrentielles, elles ont su coordonner leurs horaires d’intervention, les moyens de transport disponibles et les priorités en matière d’approvisionnement des soins malgré des conditions exceptionnelles.» Le fonctionnement en petites équipes autonomes a permis une grande agilité organisationnelle et a contribué à préserver le lien avec les clientes les clients. Fabien Lottefier conclut: «Même dans des situations extrêmes, les équipes de l’aide et des soins à domicile mettent tout en œuvre pour maintenir les prestations de manière sécuritaire.»
Un système tessinois de priorisation par couleurs pour les clientes et les clients
A la suite des intempéries catastrophiques de 2024, Spitex Tre Valli (TI) a élaboré un plan d’urgence. Sa directrice, Annalisa Brignoni, explique les degrés d’urgence attribués à l’ensemble des clientes et clients et décrit comment l’Aide et soins à domicile (ASD) se prépare aux fermetures de routes en hiver.
ALBA REGUZZI FUOG, KATHRIN MORF. En cas d’événement exceptionnel dans la zone desservie par Spitex Tre Valli, la coordination générale est assurée par la police cantonale tessinoise. «Nous prendrions aussi contact avec le service ambulancier Tre Valli Soccorso, qui assure la liaison avec les organisations du secteur de la santé», explique Annalisa Brignoni, directrice de Spitex Tre Valli. Le service d’aide et de soins à domicile n’a certes pas été directement touché par de telles situations ces dernières années. «A la suite des événements survenus dans le Val Maggia et le Misox en 2024 2, nous avons toutefois réalisé une analyse des risques dans notre zone d’intervention et élaboré un plan d’urgence pour faire face à des situations exceptionnelles.» En s’appuyant sur la carte des dangers du canton du Tessin 3, l’organisation a identifié la Léventine comme une région particulièrement exposée aux catastrophes naturelles. «Afin d’améliorer notre capacité de réaction sur le terrain et de tenir compte des voies d’accès, nous avons subdivisé la Léventine en plusieurs sous-zones et attribué à chacune d’elles des collaborateurs et des collaboratrices qui y résident», explique Annalisa Brignoni. En cas d’urgence, ces personnes peuvent assurer la continuité des prestations de l’ASD, soutenir les organisations de secours et apporter les soins nécessaires aux personnes touchées. A cette fin, elles ont été équipées de sacs à dos contenant du matériel de perfusion, du matériel de pansement et des garrots.
Nous estimons qu’il est essentiel d’identifier suffisamment tôt les clients et clientes particulièrement vulnérables.
Annalisa Brignoni
Directrice de Spitex Tre Valli
Des catégories pour l’ensemble des clientes et clients
Spitex Tre Valli a également défini des priorités. «Notre principal objectif est de garantir la continuité des soins, notamment en cas d’isolement de certaines zones, de difficultés logistiques ou de coupures d’électricité», explique Annalisa Brignoni. Dans cette optique, l’ensemble des clientes et clients a été réparti selon la classification suivante:
- Rouge (catégorie 1): personnes dépendantes d’équipements médicaux tels que des appareils d’aspiration. En situation exceptionnelle, leur évacuation prioritaire vers un hôpital est prévue, avec le soutien de la protection civile.
- Orange (2): personnes nécessitant des traitements ne pouvant être reportés, comme l’administration d’antibiotiques par voie intraveineuse. Il est indispensable que du personnel qualifié puisse continuer à intervenir auprès de ces personnes, même dans des conditions difficiles, si nécessaire avec le soutien de la protection civile.
- Jaune (3): clientes et clients dont certaines prestations peuvent être temporairement déléguées, par exemple des changements de pansement simples réalisés par des proches formés à cet effet.
- Vert (4): personnes bénéficiant exclusivement de prestations de soins de base pouvant être reportées.
Actuellement, cette classification est réalisée au moyen de formulaires papier, mais son intégration dans le logiciel Perigon est en cours. «Nous estimons essentiel d’identifier suffisamment tôt les clientes et clients particulièrement vulnérables et de disposer d’un système permettant un triage rapide et efficace», souligne Annalisa Brignoni. «Il est également important que les critères de triage ne soient pas simplement repris de protocoles standards conçus pour les événements majeurs, qui sont souvent inadaptés aux réalités de l’ASD.»
Aussi préparée aux fortes chutes de neige
Dans la vallée de Bedretto, la route est parfois fermée en raison du risque d’avalanche, isolant ainsi temporairement la population du reste du territoire. Là aussi, Spitex Tre Valli s’est préparé à faire face à cette situation. «Pour nous, il est essentiel d’identifier les proches ou d’autres personnes assurant l’accompagnement et de les former en conséquence afin qu’ils puissent temporairement assumer certaines tâches habituellement réalisées par nos collaboratrices et collaborateurs. Nous veillons aussi à ce que les clientes et clients susceptibles d’être touchés par une fermeture de route disposent de réserves de médicaments et de matériel de soins pour au moins deux semaines», explique Annalisa Brignoni. Par ailleurs, une collaboratrice de l’ASD réside dans la vallée et peut intervenir en cas d’urgence. «Et, si nécessaire, l’ASD peut compter sur le soutien de la protection civile», ajoute-t-elle. «Il est déjà arrivé que la protection civile transporte nos collaborateurs et collaboratrices dans la vallée à bord d’une motoneige.»
Ce texte est basé sur une interview plus détaillée, publiée en italien dans le supplément italien du «Magazine Aide et soins à domicile» 3/2026.
Pour éviter que la lumière ne s’éteigne en cas d’urgence
Un «blackout» pourrait fortement affecter les services d’aide et de soins à domicile. Les organisations de base prennent des mesures pour s’y préparer. L’IMAD à Genève coordonne sa gestion de crise avec le canton et les HUG. Quant au service d’aide et de soins à domicile de careköniz AG (BE), il s’entraîne depuis 2012 à faire face à des situations d’urgence avec des instructrices et instructeurs de la protection civile en formation.
EVA ZWAHLEN. A Genève, l’institution genevoise de maintien à domicile (IMAD) se tient prête face à une situation d’urgence liée à l’approvisionnement en électricité. Depuis 2023, une cellule de coordination spécifique est chargée d’élaborer un plan d’urgence en cas de délestage ou de panne de courant. Lors d’un délestage, l’alimentation électrique est interrompue de manière planifiée dans certaines régions. Une telle situation représenterait un défi de taille pour l’IMAD, qui effectue chaque jour quelque 8800 interventions de soins dans l’ensemble du canton de Genève. L’objectif est de garantir la continuité des prestations. Le dispositif repose sur les scénarios du plan OSTRAL de la Confédération 4 et résulte d’une collaboration avec les services cantonaux de gestion de crise, les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) et les Services industriels de Genève (SIG).
Faire découvrir le quotidien de l’ASD
Dans le canton de Berne aussi, on se prépare. Au printemps 2026, des instructrices et instructeurs de la protection civile en formation de toute la Suisse ont effectué un stage de deux jours auprès de careköniz AG (BE), dont fait partie SPITEX Région Köniz. L’idée: permettre à la protection civile d’apporter rapidement son soutien en cas de coupure de courant. Cette immersion dans les soins ambulatoires devait leur permettre d’échanger sur place avec l’organisation et de concrétiser ensemble un mandat. Hans Gonseth, de l’Office fédéral de la protection de la population (OFPP), est à l’origine de ce stage de deux jours: «Je souhaite faire découvrir aux instructrices et instructeurs de la protection civile en formation le quotidien de l’Aide et soins à domicile», explique cet instructeur diplômé fédéral et chargé de cours.
Les premiers contacts entre SPITEX Région Köniz et la protection civile remontent à plus de dix ans. Leurs interventions en commun ont fait l’objet d’un reportage dans l’émission «Schweiz aktuell» de la SRF (21 février 2012). «Nous apprécions beaucoup les échanges réguliers que nous entretenons depuis de nombreuses années avec la protection civile», souligne Christina Gygax, directrice de careköniz AG. Cela permet d’aborder de manière plus concrète, et au plus près du terrain, la question du soutien que la protection civile peut apporter à l’ASD en situation exceptionnelle.
Je souhaite faire découvrir
le quotidien de l’Aide et soins à
domicile aux futurs instructeurs
et instructrices de la protection civile.
Hans Gonseth
Office fédéral de la protection de la population
Une meilleure formation serait utile et nécessaire
Un blackout toucherait fortement l’ASD. En cas de panne d’électricité de grande ampleur et de longue durée, elle devrait veiller à la continuité de ses interventions. Si un logement ne devait plus être éclairé en raison d’une panne, les collaboratrices et collaborateurs devraient par exemple être équipés de lampes frontales – et les ordinateurs portables, ainsi que les tablettes, alimentés par une source d’énergie de secours.
Hans Gonseth ne sait pas si l’ASD bénéficierait d’un approvisionnement prioritaire en électricité en cas de pénurie. «Cette décision devrait être prise par l’organe régional de conduite (ORC) compétent.» Il rappelle qu’il appartient aux représentantes et représentants des milieux de la santé siégeant au sein de l’ORC de défendre les intérêts de l’ASD et de demander qu’elle soit priorisée. Pour le spécialiste de 64 ans, un scénario est envisageable: en cas de catastrophe, les clientes et clients de l’ASD pourraient être évacués et accompagnés dans un lieu centralisé que la protection civile pourrait alors alimenter en électricité.
A défaut de pouvoir fournir de l’électricité, la protection civile pourrait-elle soutenir l’ASD en personnel? Selon Hans Gonseth, la protection civile doit être sensibilisée aux spécificités des soins ambulatoires. L’ASD et la protection civile doivent aussi définir plus clairement la forme que pourrait prendre ce soutien et les tâches qui lui seraient confiées. Dans la formation de base des personnes affectées à la fonction dite de «préposé à l’assistance» 5, il est notamment prévu que les membres de la protection civile puissent effectuer des tâches simples dans le domaine des soins.
Hans Gonseth est convaincu qu’une meilleure formation de base est indispensable pour que la protection civile puisse soulager efficacement l’ASD en temps de crise. «On pourrait envisager de leur proposer un cours d’auxiliaire de santé CRS. Dans certains cantons, notamment Lucerne et Zurich, des développements allant dans ce sens sont déjà en cours», conclut-il.
«L’Aide et soins à domicile doit se préparer à la prochaine pandémie»
La pandémie de Covid-19 a pris de court le système de santé suisse. C’est pourquoi la Confédération et Aide et soins à domicile Suisse appellent les organisations d’aide et de soins à domicile à se préparer à une prochaine pandémie.
KATHRIN MORF. «La dernière pandémie a pris le système de santé au dépourvu à bien des égards. Les organisations d’aide et de soins à domicile ont désormais la possibilité de mieux anticiper une prochaine crise sanitaire», souligne Marianne Pfister, codirectrice d’Aide et soins à domicile Suisse (ASD Suisse). La Confédération estime en effet qu’une nouvelle pandémie est probable et prend elle-même des mesures pour renforcer la préparation du système de santé.
Un plan national de pandémie complet
«La Confédération a révisé le Plan national de pandémie en collaboration avec les acteurs du système de santé», explique Franziska Adam, collaboratrice scientifique d’ASD Suisse et membre de l’équipe pandémie de l’association faîtière. Ce nouveau document détaille les bases légales et les responsabilités des différents acteurs. Il recommande notamment à tous les prestataires de constituer des réserves d’équipements de protection et de produits désinfectants couvrant les besoins de douze semaines. Franziska Adam souligne toutefois que le plan national reste souvent assez général. Les organisations d’aide et de soins à domicile devraient donc s’appuyer sur le plan de pandémie de leur canton. «Par ailleurs, elles devraient prendre dès maintenant contact avec l’état-major de crise régional ou cantonal compétent», recommande-t-elle.

Ce que devrait contenir un plan de pandémie selon la Confédération
L’Office fédéral de la santé publique (OFSP) recommande à tous les établissements de santé d’élaborer un plan de pandémie interne comprenant notamment les éléments suivants 6:
- La mise en place d’une équipe de pandémie et la définition des fonctions clés.
- Le stockage de matériel de protection, notamment de masques d’hygiène et de produits désinfectants.
- Des règles claires de communication et de remplacement du personnel.
- La définition de priorités en matière de prestations ainsi que la constitution d’un pool de personnel de remplacement afin de pouvoir compenser des absences pouvant atteindre 40% des effectifs.
- Une collaboration étroite avec les communes, les cantons et les organisations de protection civile compétents.
- Un concept d’hygiène incluant des mesures de distanciation et des consignes à suivre lorsque des collaboratrices ou collaborateurs présentent des symptômes de maladie.
Franziska Adam insiste sur l’importance de définir à l’avance quelles prestations devront être prioritaires en cas de pandémie. Une organisation d’aide et de soins à domicile devrait ainsi réfléchir en amont aux prestations qui pourraient être supprimées ou réduites en situation de crise, aux consultations pouvant être réalisées à distance plutôt qu’en présentiel, ainsi qu’aux tâches que les proches pourraient éventuellement assumer. «Il est aussi important que le plan de pandémie précise quelles formes de soutien, internes ou externes, pourront être proposées aux collaborateurs, collaboratrices, clientes et clients fortement affectés sur le plan psychologique», ajoute-t-elle. Toutes les organisations d’aide et de soins à domicile n’ont toutefois pas nécessairement à prendre elles-mêmes en charge l’ensemble de ces éléments, pour autant qu’elles sachent où obtenir du soutien. Dans certains cantons, par exemple, le pool de personnel de remplacement est géré de manière centralisée. ASD Suisse s’engage par ailleurs pour qu’un stock de matériel de protection soit disponible au niveau national en cas de crise prolongée. «Pour finir, il est important que les organisations d’aide et de soins à domicile vérifient régulièrement leurs plans de pandémie et les testent dans le cadre d’exercices», ajoute Franziska Adam. «Ces plans ne doivent pas être conçus uniquement pour le Covid-19, mais pouvoir être adaptés avec souplesse à différents types de maladies.»
Il est important que les organisations d’aide et de soins à domicile vérifient régulièrement leurs plans de pandémie et les testent.
Franziska Adam
Collaboratrice scientifique au sein d’ASD Suisse
ASD Suisse élabore une matrice des risques
Durant la dernière pandémie, l’équipe de crise d’ASD Suisse s’est engagée au niveau national pour garantir l’approvisionnement en matériel de protection, représenter les intérêts de l’ASD au sein de l’organisation de crise de la Confédération, trier et diffuser les informations pertinentes à ses membres, formuler des recommandations et répondre à des centaines de demandes émanant des organisations. Le bureau BASS a dressé un bilan positif des mesures prises par ASD Suisse, tout en recommandant l’élaboration d’un concept de gestion de crise en vue d’une prochaine pandémie. «Nous sommes actuellement en train d’élaborer une matrice des risques afin d’être mieux sensibilisés à différents types de crises et à leurs conséquences, notamment aux cyberattaques ou aux pannes d’internet et d’électricité», explique Marianne Pfister. «Lors d’une crise nationale, il est indispensable que les informations et les préoccupations de l’ASD soient coordonnées au niveau national. Une instance centrale est nécessaire pour assurer les échanges entre les autorités, les associations et les organisations, ainsi que pour défendre d’une seule voix les intérêts communs du secteur. ASD Suisse continuera d’assumer ce rôle de coordination essentiel lors de futures crises.»
Un acteur clé en période de crise
Pour conclure, Franziska Adam rappelle que l’ASD jouera probablement à nouveau un rôle déterminant dans la gestion d’une prochaine pandémie. Ce rôle pourrait notamment consister à réaliser des tests et des vaccinations et à informer de nombreuses personnes vulnérables sur les mesures de protection nécessaires. L’Aide et soins à domicile contribue par ailleurs à soulager les hôpitaux en prenant en charge à domicile davantage de personnes, y compris des personnes atteintes de maladies aiguës. Elle permet ainsi de libérer des lits hospitaliers. «L’ASD est consciente de l’importance de sa mission, y compris en période de crise. Avec les autres fournisseurs de prestations, elle continuera à s’engager pour que la population bénéficie de soins et d’un accompagnement de qualité, même lors d’une prochaine pandémie.»
Une catastrophe provoque aussi des blessures psychiques
Après l’incendie de Crans-Montana, le CMS de la région de Sierre a mis en place une permanence de soutien psychologique grâce à son équipe de santé mentale. Un exemple du rôle que peut jouer l’Aide et soins à domicile lorsqu’une catastrophe provoque un choc émotionnel collectif.
FLORA GUÉRY. Dans la nuit du 31 décembre 2025 au 1er janvier 2026, un incendie se déclare dans un bar de Crans-Montana (VS). Sa propagation rapide provoque la mort de 41 personnes et fait plus d’une centaine de blessés, dont de nombreux grands brûlés. Dès le 1er janvier au matin, le centre médico-social (CMS) de la région de Sierre se met à disposition des autorités communales en fonction des besoins. Le lendemain, celui-ci est sollicité pour mettre en place une offre de soutien en complément aux dispositifs d’aide psychologique d’urgence déjà déployés.
Un espace d’échange et d’écoute est rapidement mis sur pied grâce à trois infirmières en santé mentale du CMS et à l’appui de Sabrina Alberti, psychologue spécialisée dans les interventions d’urgence après des événements potentiellement traumatiques. Pour faire face à l’afflux de demandes, un système de permanence est établi avec une équipe présente sur place et une personne mobilisable en renfort si nécessaire. Afin d’éviter d’utiliser des ressources à double ou de semer de la confusion, des contacts ont lieu avec la cellule cantonale de soutien psychologique. Néanmoins, les publics visés ne sont pas les mêmes: la cellule cantonale accompagne les personnes directement touchées par l’incendie – familles des victimes, témoins, équipes de secours et d’intervention – tandis que le CMS accueille la population affectée de manière indirecte.
La permanence est installée au cœur de la station, près du bureau du CMS, mais à distance du lieu du sinistre. «L’idée était de favoriser des visites spontanées et des échanges anonymes dans un cadre accessible, calme et apaisant», explique Mariette Faure, infirmière spécialisée en santé mentale et coordinatrice de la cellule de soutien. L’offre se fait connaître par le bouche-à-oreille, mais aussi grâce aux informations relayées par la commune, la presse locale et les réseaux sociaux. Ouverte durant neuf jours d’affilée, la permanence comptabilise au total près de 90 consultations sur place et environ 80 appels téléphoniques – avec une forte affluence les deuxième et troisième jours ainsi qu’avant la cérémonie d’hommage aux victimes. «Nous avons surtout accompagné des habitantes et habitants connaissant bien les lieux, des employés des bars voisins, des amis des victimes ou des personnes ayant quitté le site avant l’incendie», indique l’infirmière spécialisée en santé mentale.
Un lieu d’écoute face au choc collectif
Plusieurs personnes âgées viennent aussi en consultation parce qu’elles vivent difficilement l’exposition médiatique continue ou le fait de passer quotidiennement devant le mémorial dédié aux victimes. L’équipe constate un retentissement émotionnel collectif: «Nous avons observé au sein de la population une profonde tristesse, une incompréhension partagée ainsi qu’une entraide importante face au désarroi», détaille Mariette Faure. Les consultations font émerger des manifestations typiques d’un choc traumatique: peur, anxiété, cauchemars, flashbacks, tremblements ou état de sidération. Les infirmières accompagnent les personnes dans la verbalisation de leurs émotions et les aident à mobiliser leurs propres ressources. «Notre intervention a aussi permis à certaines d’entre elles de prendre conscience de leur besoin d’aide», explique l’infirmière.
Nous avons observé au sein de la population une profonde tristesse, une incompréhension partagée ainsi qu’une entraide importante.
Mariette Faure
Infirmière diplômée en santé mentale au CMS de la région de Sierre
Prévenir les troubles durables
Cette approche relève de la prévention populationnelle: expliquer les réactions possibles après un événement traumatique, évaluer les ressources disponibles et orienter, si besoin, vers un suivi à plus long terme. L’objectif est de réduire l’apparition de séquelles durables, notamment de stress post-traumatique, d’anxiété sévère ou de troubles du sommeil. Certaines personnes sont invitées à revenir consulter; dans quelques cas, une aide psychologique d’urgence spécialisée est proposée. «Si cette prise en charge rapide a permis d’éviter certaines aggravations ou des hospitalisations à moyen terme, alors le CMS a rempli sa mission de soutien et de prévention», estime Mariette Faure.
Pour les infirmières en santé mentale mobilisées à Crans-Montana, le soutien au rétablissement de la population a représenté un travail inhabituel et exigeant. «Personne n’était réellement préparé à gérer un événement d’une telle ampleur», reconnaît la coordinatrice de la cellule de soutien. Des débriefings et un accompagnement psychologique ont permis de limiter le risque de traumatisme vicariant et d’aider l’équipe à «se reconnecter à l’ici et maintenant».
Une mobilisation exceptionnelle en moins de 24 heures
Le travail effectué à Crans-Montana a renforcé certaines convictions au sein de l’organisation. «Le CMS fait partie, au même titre que les autres acteurs, de la chaîne chargée de répondre aux défis de santé populationnelle», affirme Stéphane Knecht, directeur du service d’aide et de soins à domicile. Après les inondations de Sierre en 2024, l’équipe de santé mentale avait déjà été mobilisée auprès de la population. Pour Stéphane Knecht, les enseignements tirés de ces événements doivent permettre de mieux identifier les besoins en formation et de renforcer la préparation des équipes aux situations de crise. La mise en place de compétences spécifiques en soutien psychosocial et en gestion de catastrophes pourrait les aider à intervenir plus efficacement auprès de la population, tout en se sentant mieux outillées.
A la suite de la tragédie de Crans-Montana, Mariette Faure retient surtout la capacité de mobilisation du personnel soignant, y compris pendant les fêtes. «Cette expérience a montré une nouvelle fois à quel point les soignantes et les soignants répondent présents en cas de crise. Une telle disponibilité en moins de 24 heures a une grande valeur», conclut-elle.
Deux autres situations exceptionnelles:
vagues de chaleur et cyberattaques
Cyberattaques: Ce dossier n’aborde pas en détail la question des cyberattaques, dont le nombre augmente et qui ont déjà visé plusieurs organisations du système de santé. Selon le Conseil
fédéral, le risque d’une cyberattaque touchant l’ensemble de la Suisse existe également. Il est donc essentiel de protéger les systèmes informatiques de l’Aide et soins à domicile (ASD). Si ceux-ci sont malgré tout touchés et, par exemple,
paralysés par des cybercriminels, des sauvegardes sécurisées facilitent leur restauration; l’incident devrait notamment être signalé à l’Office fédéral de la cybersécurité (OFCS). Cette thématique a déjà été traitée dans les publications suivantes: www.spitexmagazin.ch/fr/article/comment-lasd-protege-et-securise-ses-donnees; www.spitexmagazin.ch/fr/article/les-lecons-dune-cyberattaque
Vagues de chaleur: Ce numéro n’aborde pas non plus les mesures visant à prévenir les conséquences des vagues de chaleur, de plus en plus fréquentes. Pour l’ASD, il est aussi important de protéger la santé du personnel que celle des clientes et clients. L’Institution genevoise de maintien à domicile (IMAD) mise sur la prévention. Lors des épisodes de forte chaleur, elle contacte les clientes et clients particulièrement vulnérables pour leur rappeler les bons gestes à adopter et détecter d’éventuels signes de déshydratation ou d’autres problèmes de santé. Voir aussi: www.spitexmagazin.ch/fr/maitriser-la-chaleur-comment-laide-et-soins-a-domicile-peut-proteger-son-personnel-et-sa-clientele
- Plus d’informations: www.hevs.ch. ↩︎
- En juin 2024, de violents orages et de fortes précipitations ont provoqué des coulées de boue, des glissements de terrain et des inondations dans le Val Maggia (TI) et le Misox (GR). Neuf personnes ont perdu la vie et les infrastructures ont été en partie gravement endommagées. ↩︎
- www.map.geo.admin.ch ↩︎
- OSTRAL dépend de l’Approvisionnement économique du pays (Confédération), qui ordonne son activation en cas de pénurie d’électricité (www.ostral.ch). ↩︎
- www.babs.admin.ch/fr/la-formation-dans-la-protection-civile ↩︎
- Voir «Plan de pandémie: Manuel pour la préparation opérationnelle. Assurer la continuité des activités. Protéger le personnel.», 2022. ↩︎