10 min 31 mars 2026

«L’Aide et soins à domicile devrait participer aux décisions politiques à tous les niveaux»

Lors du colloque «Zukunft: Spitex», Patrick Imhof, responsable politique chez Aide et soins à domicile Suisse, a pris la parole pour montrer comment l’Aide et soins à domicile (ASD) peut s’engager politiquement à tous les niveaux. Farah Rumy et Patrick Hässig, infirmiers et membres du Conseil national, ont ensuite évoqué les dossiers politiques actuels qui concernent l’ASD.

KATHRIN MORF. «Concevoir, relier, faire bouger»: tel était le thème de la sixième édition du colloque «Zukunft: Spitex», qui s’est tenue le 26 mars 2026 à l’Hôtel Arte à Olten. Dès l’ouverture, les trois organisateurs – Martin Radtke, Gilbert Bayard et Rolf Müller – ont, à l’aide d’un sondage numérique, pris le pouls des préoccupations des 160 participantes et participants dans leur quotidien au sein de l’Aide et soins à domicile (ASD). En tête du «podium des préoccupations» figurait le manque de personnel qualifié, suivi de près par la pression financière et la complexité croissante des attentes envers l’ASD. Le premier intervenant a ensuite insisté sur un point: l’ASD doit elle aussi agir pour atténuer ces préoccupations.

Patrick Imhof: le lobbying est nécessaire à tous les niveaux
«Façonner plutôt que regarder: la politique comme partie intégrante de notre travail quotidien», tel était le titre de l’intervention de Patrick Imhof. Politologue, responsable politique et membre de la direction d’Aide et soins à domicile Suisse, il a assuré que l’ASD peut réellement influencer la politique à tous les niveaux et à chaque étape du processus – et pas uniquement par le biais d’interventions parlementaires. «Le terme ‹lobbying› est souvent perçu négativement, raison pour laquelle on lui préfère des expressions comme ‹représentation d’intérêts› ou ‹affaires publiques›. Pour ma part, je me définis volontiers comme ‹lobbyiste›, car je sais que je me bats pour l’Aide et soins à domicile et donc pour une bonne cause», a déclaré Patrick Imhof, avant d’aborder trois points plus en détail:

  • Comment Aide et soins à domicile Suisse fait du lobbying: L’association faîtière agit à toutes les étapes du processus législatif. En phase pré-parlementaire, elle participe par exemple à des groupes d’experts de la Confédération et répond aux consultations. Dans la phase parlementaire, elle intervient par des contributions en commission, des lettres de session ou encore en mobilisant des alliances avec d’autres associations. Dans la phase post-parlementaire, Aide et soins à domicile Suisse accompagne la mise en œuvre d’une nouvelle loi et son évaluation.
  • Pourquoi le chemin politique n’est pas une fin en soi: Patrick Imhof a expliqué qu’atteindre un objectif en politique demande souvent de la persévérance. En cause: des processus complexes et longs, comme le «ping-pong» entre le Conseil des Etats et le Conseil national. A titre d’exemple, il a évoqué les six années de discussions autour d’une loi sur la prévention, finalement abandonnée lors d’une conférence de conciliation en raison de désaccords sur le financement. «La mise en œuvre de l’initiative sur les soins infirmiers n’en est qu’à sa première lecture en commission du Conseil national, donc à ses débuts. Là aussi, le chemin sera long», a-t-il averti.
  • Comment agir au niveau cantonal et régional: Selon Patrick Imhof, les représentantes et représentants de l’ASD peuvent aussi faire entendre leurs préoccupations aux niveaux cantonal et communal, seuls ou en formant une alliance. «Cherchez le dialogue formel avec les autorités et les milieux politiques, par exemple dans le cadre des consultations, lors d’entretiens annuels ou d’assemblées générales», a-t-il conseillé. Les échanges informels ont également leur importance, par exemple lors de fêtes de village. Il est en outre essentiel que l’ASD informe régulièrement les autorités, les responsables politiques et le public: «Tous doivent entendre parler de vos projets et de vos défis.»
Patrick Imhof a évoqué la nécessité pour l’Aide et soins à domicile de mener des actions de lobbying. Photos: Markus Zehnder/Makanart

Farah Rumy et Patrick Hässig: les dossiers actuels concernant l’ASD
Farah Rumy (PS, Soleure) et Patrick Hässig (PVL, Zurich) ont ensuite pris la parole. Tous deux membres du Conseil national et actifs dans les soins, ils ont abordé le thème «Nouvelles de Berne: à quoi faut-il s’attendre?» en évoquant les dossiers suivants:

  • DigiSanté et dossier électronique de santé (DES): Farah Rumy et Patrick Hässig ont présenté le programme DigiSanté, qui vise à développer un système de santé numérique. Patrick Hässig a détaillé le dossier électronique de santé (DES): «C’est un grand défi, et notre mission est d’expliquer à nos clientes et clients, ou à nos patientes et patients, les centaines d’avantages du DES.» Farah Rumy a rappelé que l’Union européenne travaille également, dans le cadre de l’European Health Data Space (EHDS), à rendre les données de santé accessibles de manière centralisée. «Pour créer des synergies, il est essentiel que la Suisse soit prête lorsque l’Europe le sera.»
  • Mise en œuvre de l’initiative sur les soins infirmiers: «Nous sommes prêts pour ce combat», a affirmé Farah Rumy. «La pénurie de personnel qualifié est un problème majeur et nous devons prendre soin de notre personnel de santé.» Patrick Hässig a ajouté que celles et ceux qui souhaitent se rendre compte de l’intensité des discussions peuvent suivre en direct un débat d’ampleur au sein de la commission du Conseil national – avec plus de 50 propositions – les 28 et 29 avril 2026 sur www.parlament.ch.
  • Finances sous pression: Farah Rumy a expliqué que la pression en faveur des économies est forte au Parlement. Selon Patrick Hässig, cela s’explique notamment par les inquiétudes de la population face à la hausse des primes d’assurance-maladie. «Le Parlement ne peut donc pas répondre à toutes les attentes du système de santé – mais en Suisse, on aboutit le plus souvent à un bon compromis, et nous pouvons en être fiers.»
  • Violence envers le personnel soignant: Farah Rumy a mentionné son postulat 25.3654 qui vise à lutter contre la violence envers le personnel de santé, une violence qu’elle a elle-même vécue au cours de ses 17 années de pratique.
  • APN (Advanced Practice Nurses): Patrick Hässig a évoqué les discussions parlementaires sur la nécessité des infirmières et infirmiers de pratique avancée (APN) dans le système de santé. Il s’est dit convaincu que la réponse sera positive et que le débat politique portera ensuite sur leur financement dans tous les contextes.

En conclusion, Farah Rumy, Patrick Hässig et Patrick Imhof ont appelé l’ensemble des participantes et participants à faire entendre leur voix afin que l’ASD soit entendue par les milieux politiques. «L’Aide et soins à domicile est un pilier central des soins de base», a déclaré Patrick Imhof. «Mais si elle ne participe pas au débat politique, d’autres parleront d’elle – et décideront pour elle.»

Plus d’informations (uniquement en allemand): www.zukunft-spitex.ch

Farah Rumy et Patrick Hässig (à droite) discutent avec Rolf Müller, lequel a animé une séance de questions-réponses avec les membres du Conseil national.

Autres interventions du colloque «Zukunft: Spitex» en bref

• Absentéisme: Simon Michel, chef d’équipe à l’Office AI du canton de Berne et ancien responsable du domaine formation du service d’aide et de soins à domicile de Wettingen-Neuenhof (AG), a présenté les résultats de son travail de master consacré au taux d’absentéisme supérieur à la moyenne dans l’Aide et soins à domicile (ASD). Son analyse repose notamment sur une enquête menée auprès de 40 professionnels des soins. Il en a tiré plusieurs recommandations destinées au management: encourager des habitudes de travail favorables à la santé chez les collaboratrices et collaborateurs, entretenir une culture d’entreprise positive et adopter un style de management axé sur la santé («Health-oriented Leadership», HoL) qui met l’accent sur la santé du personnel et des cadres.

• Neuroleadership: Sabrina Bürgi, responsable des services centraux au sein de l’ASD de la région du Limmattal (ZH), a présenté son travail de master consacré au neuroleadership (une approche du management fondée sur le fonctionnement du cerveau) et à son impact sur la satisfaction et la culture d’entreprise. Elle a souligné que les responsables doivent être attentifs aux signaux que leurs propos – par exemple «nous n’avons pas de ressources» – envoient au cerveau de leurs collaboratrices et collaborateurs. Le neuroleadership est efficace lorsque sécurité, clarté et transparence, ainsi qu’empathie et reconnaissance, sont réellement vécues au sein de l’organisation.

• Ecrans d’information: Andrea Marijanovic, responsable des réseaux sociaux au sein de l’ASD de Zurich, a étudié dans le cadre de son travail de master l’impact des écrans d’information dans les antennes de l’ASD. Il en ressort que ces supports renforcent la visibilité des informations. Les contenus courts, clairs et pertinents pour le quotidien professionnel sont particulièrement appréciés. L’ASD de Zurich équipe désormais ses 20 sites d’écrans d’information et travaille à l’intégration de l’intelligence artificielle pour en optimiser les contenus.

• Réseaux de soins: Sanjay Singh, membre de la direction du groupe CSS Assurances, a présenté le réseau de santé EHC Morges, lancé par CSS. Celui-ci s’appuie notamment sur une coordinatrice chargée d’organiser et de coordonner les différentes prestations pour certains patients. Selon lui, ces réseaux de santé verticaux, développés de manière «bottom-up», avec de nouveaux rôles, une base de données commune et une forte dimension préventive, représentent l’avenir du système de santé.

• Soins intégrés: Dre iur. Michaela Tschuor, présidente du Conseil d’Etat du canton de Lucerne, a présenté les réussites des soins intégrés en Suisse centrale. Elle a cité l’exemple des soins pédiatriques à domicile – Kinderspitex – de Suisse centrale. Elle a également évoqué la «Stratégie de santé intégrée du canton de Lucerne» à l’horizon 2035. Celle-ci vise notamment à réduire les ruptures et les doublons, à optimiser l’utilisation des ressources humaines et financières et à améliorer la qualité des soins. Elle a en outre souligné la nécessité de sensibiliser les communes au rôle essentiel de l’ASD dans ce domaine ainsi qu’à l’importance d’y investir dès maintenant.

Numérisation I: Lena Saira Dick, membre de la direction de l’ASD de Grenchen (SO), a expliqué comment son organisation gagne en efficacité, améliore la qualité et réduit ses coûts grâce à la numérisation. Elle a présenté des projets comme la numérisation de la gestion du matériel de soins, qui a permis de réduire le temps nécessaire de 80 à 10 heures par mois. Elle a aussi partagé quelques conseils, notamment d’impliquer les plus critiques dans les groupes de travail. «La numérisation n’est pas un projet – c’est un état d’esprit», a-t-elle souligné.

Numérisation II: Les compétences numériques doivent être considérées comme une responsabilité de chaque cadre de l’ASD, a souligné Corinne Spirig, COO du digital health center (dhc) de Bülach (ZH). Celui-ci constitue le plus grand réseau interdisciplinaire dédié à la numérisation dans le système de santé suisse et peut apporter un soutien varié à l’ASD. Parmi les projets en cours figure l’étude du potentiel des exosquelettes pour préserver la santé du personnel soignant. Le dhc met aussi en place un groupe d’échange «Aide et soins à domicile», afin de permettre aux organisations de partager leurs expériences, outils et enseignements.

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