Quand les contes s’invitent dans les soins et l’accompagnement

Le projet «Sternstunden» de la Fondation Mutabor permet aux personnes bénéficiant de soins et d’accompagnement de plonger dans des univers magiques. Parmi la soixantaine de conteuses et conteurs de la fondation figurent aussi des professionnels de l’Aide et soins à domicile, dont Sonja Riedi, responsable d’équipe chez Kinderspitex Zentralschweiz. Elle intègre les contes à son travail quotidien.

MARTINA KLEINSORG. «Les contes font du bien: ils touchent le cœur et l’âme», explique d’emblée Susanna Ackermann-Wittek. Ancienne infirmière diplômée ES, elle siège aujourd’hui au conseil de fondation de la Fondation Mutabor, créée en 2003 à Trachselwald (BE). Le réseau compte désormais plus de 700 conteuses et conteurs formés dans toute la Suisse, dont une poignée en Suisse romande. C’est dans ce contexte qu’est né, en 2013, le projet «Stern­stunden – Erzählen für Menschen in Pflege und Betreuung». Son objectif est d’apporter de la joie à des enfants et des adultes malades ou en situation de handicap, que ce soit dans des institutions, des hôpitaux, des EMS, des foyers pour personnes âgées ou à domicile. «Pour les personnes vivant des moments difficiles, les contes offrent de véritables parenthèses de lumière», souligne Susanna Ackermann-Wittek, qui a lancé le projet et le dirige encore aujourd’hui. «Les récits donnent du courage, parce qu’ils parlent souvent d’épreuves et montrent comment les surmonter.»

Dans le cadre du projet «Sternstunden» de la Fondation Mutabor, des conteuses et conteurs apportent des moments d’évasion à des personnes de tous âges bénéficiant de soins et d’accompagnement. Photo: màd

Raconter librement et de façon vivante
Environ 60 conteuses et conteurs certifiés participent au projet «Sternstunden». Ils sont soumis à un code de conduite spécifique qui comprend notamment une obligation de confidentialité. Outre une formation de deux ans à l’art du récit, qui leur permet de raconter librement et de façon vivante tout en s’adaptant avec sensibilité à leur public, ils disposent d’une expérience dans le domaine des soins et de l’accompagnement. Un système de parrainage favorise les échanges et des rencontres annuelles sont consacrées à la formation continue. Les questions pratiques occupent une place centrale: comment gérer les émotions lorsqu’une personne se met à pleurer pendant le récit? Comment créer un cadre permettant au conte de déployer tout son potentiel? «Souvent, des moyens simples suffisent: un tissu, un petit symbole, un son ou une bougie LED», explique Susanna Ackermann-Wittek, forte de son expérience. La capacité d’attention joue aussi un rôle important. Certains contes durent trois minutes, d’autres une demi-heure. «Comme je raconte librement, je garde toujours un contact visuel avec les personnes et je vois si elles ont besoin d’une pause.»

Le quotidien de ces enfants est souvent façonné par la maladie, et c’est beau de pouvoir les faire rire grâce aux contes.

Sonja Riedi

Responsable d’équipe au sein de Kinderspitex Zentralschweiz et conteuse

Réserver des contes «Sternstunden»
Les contes «Sternstunden» peuvent être réservés pour des personnes seules, des groupes, au sein d’institutions ou à titre privé. Les proches ont aussi la possibilité de faire appel à des conteuses ou conteurs pour des occasions particulières comme un jubilé ou un anniversaire, en institution ou à domicile. Les organisations d’aide et de soins à domicile peuvent, elles aussi, proposer des après-midis de contes à leurs clientes et clients dans leurs antennes de proximité. Les honoraires correspondent aux cachets usuels des arts de la scène et sont adaptés à chaque situation. Chaque intervention demande un important travail de préparation afin de choisir, parmi des milliers d’histoires, celles qui conviendront le mieux aux personnes qui les écouteront. Lors de la Journée des malades, organisée à l’échelle nationale et soutenue depuis de nombreuses années par la Fondation Mutabor, les séances de contes sont financées par des dons ou proposées à tarif réduit. Les clientes et clients de l’Aide et soins à domicile peuvent ainsi profiter gratuitement des contes «Sternstunden». Au-delà de l’écoute elle-même, les contes créent souvent du lien, explique Susanna Ackermann-Wittek: «Beaucoup de personnes âgées sont seules. Lorsqu’une conteuse annonce une visite «Stern­stunde» et demande si quelqu’un souhaite aussi écouter, il arrive parfois qu’une amie ou une personne proche se joigne à elle. Cela crée un moment partagé qui se prolonge souvent dans les échanges qui suivent.

Sonja Riedi, de Kinderspitex Zentralschweiz, (ici avec Maël, un bénéficiaire des soins à domicile) est conteuse et utilise les contes dans son travail quotidien. Photo: màd

Faire renaître de beaux souvenirs
Sonja Riedi travaille à 80 % comme responsable d’équipe au sein de Kinderspitex Zentralschweiz, l’organisation de soins pédiatriques à domicile de Suisse centrale. Infirmière diplômée ES en soins infirmiers pédiatriques, elle exerce parallèlement comme conteuse auprès de personnes de tous âges. «Cela donne régulièrement lieu à de merveilleuses rencontres», raconte-t-elle. Dans le cadre du projet «Sternstunden», elle a notamment rendu visite tous les deux mois, pendant cinq ans, à un établissement accueillant des personnes atteintes de démence. «J’ai déjà 92 ans et j’ai encore le droit d’écouter des contes», lui aurait un jour confié une femme, le visage illuminé d’un large sourire. «Manifestement, le récit avait réveillé chez elle de beaux souvenirs», explique Sonja Riedi. Grâce à Kinder­spitex Zentralschweiz, elle a aussi pu offrir à plusieurs familles des contes «Sternstunden» à domicile.

Sonja Riedi utilise la force des contes dans son travail quotidien– avec les enfants dont elle s’occupe et, selon les situations, avant, pendant ou après un soin. «Je sens souvent intuitivement à quel moment un conte peut aider», explique-t-elle. En particulier dans les situations tendues, lorsque les enfants ont peur ou refusent un traitement, un conte peut aider à établir le contact. «Est-ce que tu aimerais écouter une histoire?», propose-t-elle alors. Le fait de plonger dans un autre univers aide généralement l’enfant à sortir de cette situation désagréable et l’encourage à coopérer. Une histoire peut ­aussi servir de distraction, par exemple lors d’une antibiothérapie ou d’un changement de pansement. Au lieu de regarder un film sur une tablette, les enfants reçoivent de Sonja Riedi du temps et de l’attention. «Je ne viens pas simplement pour faire une injection. J’entre en relation avec l’enfant», souligne l’infirmière.

Pour les personnes vivant des moments difficiles, les contes offrent de véritables parenthèses de lumière.

Susanna Ackermann-Wittek

Fondation Mutabor

Se laisser guider par le cœur
Sonja Riedi puise dans un vaste répertoire de récits issus de différents pays et cultures et choisit ses contes avec le cœur. Les histoires peuvent aider les enfants à prendre confiance en eux et leur montrer que, même quand on est petit, on peut accomplir beaucoup de choses – avec un peu de ruse, comme dans «Le courageux petit bélier» d’Estonie, ou en allant chercher de l’aide, comme dans le conte suisse «Le kobold et la fourmi». Les enfants s’identifient aussi à des personnages qui sortent de l’ordinaire, comme dans «Le prince aux oreilles d’âne», un conte portugais empreint d’optimisme et d’espoir. «Les enfants expriment très clairement ce dont ils ont besoin sur le moment», raconte Sonja Riedi, qui narre ses histoires en dialecte uranais. «Leur quotidien est souvent marqué par la maladie et c’est beau de pouvoir les faire rire.» Certains enfants ne peuvent pas réagir extérieurement aux histoires. «Mais on voit dans leurs yeux qu’ils se détendent.» C’est justement dans les situations particulièrement difficiles que Sonja Riedi voit toute la valeur des contes: «Dans les situations palliatives notamment, la peur et l’incertitude sont souvent palpables – et les contes peuvent aussi apporter du réconfort, de la force et de l’espoir aux parents ainsi qu’aux frères et sœurs.»

Susanna Ackermann est disponible pour tout renseignement ou pour la mise en contact avec une conteuse ou un conteur de votre région: sternstunden@maerchen.ch (www.netzwerk.maerchen.ch)

Plus d’articles

Initiative sur les soins infirmiers: la formation soutenue

RED. Avec une vaste offensive de formation, le Conseil fédéral veut s’attaquer au besoin croissant de personnel qualifié dans les soins et mettre ainsi rapidement en œuvre un volet important de l’initiative sur les soins infirmiers. La formation en soins infirmiers doit être encouragée sur huit ans par la Confédération...

Partenariat d’égal à égal

A première vue, les positions de l’Aide et soins à domicile et des assureurs-maladie ne pourraient pas être plus divergentes. Des co...

Thurgovie, Nidwald et Lucerne: nouveaux responsables

Trois associations cantonales d’aide et de soins à domicile ont récemment annoncé l’arrivée de nouveaux responsables opérationnels.