Huit facettes de la prévention menée par l’Aide et soins à domicile

L’Aide et soins à domicile ne s’engage pas seulement dans la prévention des chutes, mais propose aussi des offres préventives dans de nombreux autres domaines ou participe à des projets visant à renforcer la prévention. Nous abordons ici brièvement huit de ces domaines – de la lutte contre la solitude aux addictions, en passant par la dénutrition –, chacun illustré par un exemple.

Dans le cadre de son offre «Zeitgeschenk» (don de temps), Spitex Triengen organise par exemple la confection de bonshommes en pâte, comme ici en 2024. Photo: màd

TEXTES: FLORA GUÉRY ET KATHRIN MORF

1. Prévention dans le domaine de la solitude

En de nombreux endroits, l’Aide et soins à domicile lutte contre la solitude de ses clientes et clients, car celle-ci augmente notamment le risque de maladies cardiovasculaires, de dépression et de démence. Le service d’aide et de soins à domicile de Spitex Triengen (LU) le fait depuis 2012 avec son offre «Zeitgeschenk» (don de temps): «Notre personnel dispose d’un crédit d’heures qu’il peut offrir à nos clientes et clients – le nombre d’heures dépend du crédit annuel de dons», explique Claudia Heller, directrice. Le temps de travail offert peut être utilisé pour une activité commune au choix. Il est enregistré dans le système de saisie des temps, mais ne doit ni être consigné ni approuvé. Parfois, les employés organisent également des activités pour plusieurs personnes, comme la confection de «Grittibänz» (bonshommes en pâte). «Grâce au temps offert, les clientes et clients se sentent considérés, appréciés et moins seuls, ce qui a un effet positif sur leur santé mentale et physique, leur joie de vivre et leur autonomie», indique Claudia Heller. «De plus, le don de temps renforce le sentiment d’utilité du travail des collaboratrices et collaborateurs et contribue ainsi de manière importante à la prévention du burn-out et à la satisfaction au travail.»

2. Prévention du suicide

SERO est une méthode de prévention uniforme des tentatives de suicide et des suicides qui encourage l’autogestion (SERO est l’acronyme de Suizidprävention Einheitlich Ressourcen-Orientiert, soit la prévention du suicide axée sur les ressources). Testée de 2021 à 2024 par Luzerner Psychiatrie AG (lups), elle comprend quatre mesures: une évaluation du risque de suicide par des professionnels de la santé à l’aide de la méthode PRISM-S, un plan de sécurité pour les personnes à risque, la participation à un cours Ensa sur la prévention du suicide par les proches et le soutien aux personnes à risque dans le suivi de leur suicidalité grâce à l’application SERO. De 2022 à 2024, 250 employés de l’Aide et soins à domicile de neuf cantons ont également été formés à Prism-S. En 2023, une collaboratrice de Spitex Obwalden a déclaré que SERO était un «filet de sécurité efficace pour les personnes concernées» (voir «Magazine ASD» 4/2023). Entre-temps, SERO a été intégré dans le fonctionnement et le financement réguliers des entreprises participantes. «Chaque année, 1200 personnes utilisent l’application en moyenne 5500 fois, et 78 % d’entre elles recommanderaient l’application. Les supports imprimés tels que le plan de sécurité et le dépliant sur l’application sont très demandés», rapporte Rebeca Riefoli, assistante à la direction des soins chez lups. «Une étude de Swiss tph a également montré que les mesures SERO entraînent à court et à long terme une réduction significative du nombre de réadmissions dans les établissements hospitaliers pour les personnes présentant un risque accru de suicide.» L’application SERO est gratuite et disponible en allemand, français et italien. Les supports SERO sont téléchargeables en allemand.

3. Prévention des addictions

Le projet pilote «1 + 1 = 3», lancé en 2020 par l’association professionnelle Fachverband Sucht, avait pour objectif de mettre en place des coopérations entre les services d’aide et de soins à domicile et les services de consultation en matière d’addictions afin de mieux atteindre les personnes ayant une consommation problématique de substances. Ceci sur la base du «modèle de Lenzbourg», qui montre à l’aide d’exemples concrets à quoi peut ressembler une telle coopération. Depuis l’été 2021, Spitex Limmat Aare Reuss AG collabore avec le centre de consultation en matière d’addictions BZBplus dans le canton d’Argovie. «Lors d’un atelier sur le thème de la dépendance, nos responsables régionaux et d’équipe ont pu acquérir des connaissances précieuses et les transmettre de manière ciblée à leurs équipes», rapporte Nanning Carstensen, responsable du service psychiatrique de Spitex LAR. «De plus, des discussions de cas ont lieu régulièrement et le BZBplus reste toujours disponible pour répondre rapidement et simplement à nos questions techniques. Il nous fournit également du matériel d’information utile.» Grâce à cette coopération, les employés de Spitex LAR peuvent offrir à leurs clientes et clients des connaissances spécialisées encore plus pointues. «Ils repèrent rapidement les problèmes de consommation et de dépendance et peuvent accompagner au mieux les personnes concernées et leurs proches grâce à leurs compétences», se félicite Nanning Carstensen.

4. Prévention de la dénutrition

La malnutrition est un danger souvent sous-estimé, en particulier chez les personnes âgées, qui peut entraîner de nombreuses maladies physiques et psychiques. Des organisations d’aide et de soins à domicile telles que NOMAD (Neuchâtel Organise le Maintien A Domicile) s’efforcent ainsi de détecter et de combattre la malnutrition à un stade précoce. Concrètement, NOMAD met en œuvre depuis 2022 un concept de dépistage de la dénutrition auprès de ses clientes et clients, basé notamment sur le questionnaire MNA-SF (Mini Nutritional Assessment – short form). Cet outil aide à détecter la malnutrition ou le risque de dénutrition chez les personnes âgées de plus de 65 ans – et ce à l’aide de seulement six questions portant sur des thèmes tels que l’alimentation, la perte de poids et la mobilité. Le personnel soignant de NOMAD, formé à reconnaître les signes précoces de dénutrition, agit en équipe interdisciplinaire avec le médecin traitant afin de pouvoir intervenir rapidement et favoriser le maintien à domicile. Par exemple, si nécessaire, un suivi nutritionnel – pris en charge par l’assurance-maladie – est mis en place par les diététiciennes de NOMAD.

5. Prévention dans le domaine de la santé bucco-dentaire

En collaboration avec l’association Sympadent et l’organisation professionnelle Swiss Dental Hygienists, Melanie Loessner, de l’agence vitamintexte, a mis en œuvre le projet pilote «au moins une fois par jour» dans les cantons de Bâle-Ville et de Bâle-Campagne entre 2020 et 2023. Les participants ont notamment créé du matériel d’information consacré à la santé bucco-dentaire et à l’alimentation des personnes âgées, ainsi que des formations destinées au personnel de l’Aide et soins à domicile. Depuis, ces formations se poursuivent: entre 2023 et 2025, Melanie Loessner a organisé quatre formations pour l’Aide et soins à domicile à la demande du canton d’Argovie, ainsi que huit autres pour le compte du service de prévention et de promotion de la santé du canton de Zurich, en collaboration avec l’association cantonale zurichoise d’aide et de soins à domicile. «Les formations de trois heures sur la santé bucco-dentaire et les soins dentaires des personnes âgées ont été dispensées par des intervenantes de Swiss Dental Hygienists. 90 % des participantes et participants ont indiqué pouvoir appliquer facilement les connaissances acquises dans leur pratique quotidienne», rapporte-t-elle. Elle est actuellement en contact avec d’autres cantons pour proposer de nouveaux cours destinés aux collaboratrices et collaborateurs de l’Aide et soins à domicile. «Bien manger et bien boire est essentiel pour la qualité de vie et la santé des personnes âgées», dit-elle. «Pour cela, il est indispensable de prendre soin de sa bouche et de ses dents au moins une fois par jour, seul ou avec l’aide de l’Aide et soins à domicile.»

6. Prévention de la déshydratation

Les journées de forte chaleur de plus en plus fréquentes mettent particulièrement en danger la santé des clientes et clients vulnérables de l’Aide et soins à domicile. S’ils ne boivent pas assez, ils risquent une déshydratation pouvant entraîner, entre autres, infarctus, accidents vasculaires cérébraux ou embolies pulmonaires. Depuis 2024, Spitex Grenchen (SO) souhaite prévenir cela avec l’offre «Boire plus que sa soif – parce que l’eau, c’est la vie». «Lorsque le thermomètre dépasse les 25 degrés, des bénévoles appellent chaque jour les 10 à 15 clients qui le souhaitent pour leur rappeler de boire régulièrement de l’eau», explique la
directrice Lena Saira Dick. Le temps de travail des employés de Spitex Grenchen – qui ont notamment élaboré des documents tels qu’un guide d’entretien et préparent les appels pour les bénévoles – est financé par des dons. «Nous voulons ainsi éviter des hospitalisations et des complications liées à la déshydratation. Les appels contribuent aussi à lutter contre la solitude. C’est pourquoi les bénévoles prennent volontiers plus de temps pour chaque appel que ce qui serait nécessaire», ajoute Lena Saira Dick. «Comme l’association de bénévoles qui prenait en charge ces appels est en train de se dissoudre, notre offre est désormais menacée. Nous serions très heureux d’accueillir de nouveaux bénévoles pour l’été prochain.»

Plus d’informations: lena.dick@spitex-grenchen.ch

Nous voulons éviter des hospitalisations et des complications liées à la déshydratation. Les appels contribuent aussi à lutter contre la solitude.

LENA SAIRA DICK

Directrice de Spitex Grenchen

7. Prévention dans le domaine de la démence

Le projet pilote «Compétence et suivi en matière de démence – Réseau pour une prise en charge compétente de la démence» (DeKoMo) de la clinique universitaire de psychiatrie de l’âge avancé et de psychothérapie des Services psychiatriques universitaires de Berne (SPU) SA vise à détecter précocement les cas complexes chez les personnes atteintes de démence et à intervenir rapidement. Il comprend trois volets pour la période 2025-2028 dans les settings suivants: établissements médico-sociaux, cliniques psychiatriques pour personnes âgées et organisations d’aide et de soins à domicile dans les cantons de Berne et de Zurich. Lors de la première phase du projet, le personnel des trois settings sera formé par des multiplicateurs internes. «Nous recommandons d’inscrire une ou deux personnes par équipe Démence des services d’aide et de soins à domicile pour suivre la formation de multiplicatrice ou multiplicateur», explique Giuliana Crippa, doctorante à la clinique universitaire. L’équipe du projet collabore déjà avec Spitex Bern et Spitex Zürich. Elle est en contact avec d’autres organisations. Le sous-projet 2 encourage la mise en réseau locale des structures participantes et le sous-projet 3 veille à la pérennité des réseaux et à l’assurance qualité. «DeKoMo doit permettre, grâce à un élargissement ciblé des compétences, une détection précoce des symptômes de démence afin de prévenir les complications et comorbidités, de réduire les changements de cadre de prise en charge et les risques de délirium, ainsi que de renforcer la prévention des chutes», précise Giuliana Crippa. Le travail en réseau a aussi un effet préventif grâce à l’échange d’expériences et d’idées sur des cas difficiles et à une meilleure utilisation des offres et des ressources existantes. Le projet pilote est financé par Promotion Santé Suisse. «Avec un accompagnement externe, nous collectons toutefois les données nécessaires pour justifier un financement durable par les assurances et les cantons.»

8. Promotion générale de la santé des seniors

L’Association vaudoise d’aide et de soins à domicile (AVASAD) met actuellement en œuvre son concept en faveur du «Bien-vieillir» (voir l’article du 5 novembre sur www.magazineasd.ch). Les centres médico-sociaux (CMS) de l’association développent par conséquent leurs activités en direction de la promotion de la santé et de la prévention. L’un des projets menés dans le cadre des programmes «Bien-vieillir» et «Vieillir2030» du canton de Vaud est consacré, depuis juin 2025, à l’inclusion numérique. En collaboration avec le senior-lab de la Haute Ecole de santé La Source, l’AVASAD souhaite permettre aux personnes de 65 ans et plus de devenir actrices de leur santé grâce à l’utilisation d’outils et d’applications numériques. En effet, selon l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), les technologies numériques constituent des outils essentiels pour les personnes âgées, notamment pour se prémunir elles-mêmes de certaines maladies et pour communiquer avec les professionnels de la santé. 1 Dans un premier temps, les responsables du projet «Littératie numérique» analyseront les besoins des seniors en matière de technologies numériques ainsi que les compétences nécessaires à leur utilisation. L’objectif est d’identifier les outils et programmes les plus pertinents, puis de développer un plan d’action visant à renforcer progressivement les compétences numériques des personnes âgées à domicile. Le «Magazine ASD» rendra compte de l’avancement du projet.

Promouvoir la santé cérébrale grâce aux «serious games»
Jouer tout en favorisant sa santé cérébrale – c’est ce que permettent les «serious games». Dans le cadre du projet primé «SIGMA», la Haute école spécialisée de la Suisse italienne (SUPSI) a étudié comment ces jeux peuvent stimuler de manière ciblée les performances cognitives chez les personnes âgées. L’organisation d’aide et de soins à domicile de Mendrisiotto et du Basso Ceresio (Asso­ciazione Assistenza e Cura a Domicilio del Mendrisiotto e Basso Ceresio) a soutenu le projet. Un article à ce sujet est disponible en exclusivité sur www.magazineasd.ch

  1. Voir www.prevention.ch/files/publicimages/BAG_NCD-Alter-
    Digitalisierung_Brosch_FR_SCREEN.pdf
    ↩︎

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