Quatre personnes, quatre plaidoyers pour la formation dans l’ASD

Quatre portraits mettent en lumière quatre des multiples facettes de la formation dans l’Aide et soins à domicile (ASD): un formateur, une apprentie employée de commerce, une collaboratrice diplômée en économie domestique ainsi qu’une responsable d’un centre médico-social parlent de leurs parcours qui prouvent l’ampleur des possibilités d’évolution professionnelle au sein de l’ASD.

Se plonger dans les connaissances techniques de l’économie domestique

Un apprentissage de commerce riche et varié

«La polyvalence de mon activité de formateur m’enthousiasme»

D’infirmière à responsable de centre – au sein de l’ASD, c’est possible

L’organisation d’ASD de Nidwald propose un apprentissage de gestionnaire en intendance CFC en deuxième voie de formation. Fabienne Krättli (36 ans) l’a suivi – et est aujourd’hui cheffe d’équipe.

Fabienne Krättli aime son travail dans l’économie domestique. Photo: Nicole Hermann

Fabienne Krättli, d’Oberdorf (NW), a commencé son parcours professionnel comme employée en intendance dans l’hôtellerie et a rejoint l’organisation d’ASD de Nidwald en 2014. «Ce qui me plaisait dans l’ASD, c’était de pouvoir soutenir des personnes ayant besoin d’aide à leur propre domicile», rapporte la trentenaire qui aime se promener dans la nature. «Spitex Nidwalden m’a ensuite proposé de passer mon diplôme», raconte-t-elle. Elle débute ainsi en 2015 son apprentissage de gestionnaire en intendance CFC – une formation pas vraiment courante en Suisse: on compte actuellement quelque 1250 contrats d’apprentissage dans ce domaine 1.

De la blanchisserie à l’hôpital en passant par une boutique de fleurs
Les deux années suivantes, Fabienne Krättli se plonge dans les vastes connaissances techniques de l’intendance: elle travaille trois jours par semaine pour Spitex Nidwalden, suit un jour de cours à l’école professionnelle et consacre un jour à étudier. «Ce qui m’a plu, c’était le contact avec mes clientes et clients. Et j’ai été reconnaissante du soutien de Spitex Nidwalden pendant mon apprentissage.» La formation s’avère passionnante, mais elle atteint parfois ses limites: «Je suis une personne qui a besoin d’un peu plus de temps que les autres pour apprendre de nouvelles choses et j’ai donc eu besoin de beaucoup de discipline pour mon apprentissage en deuxième voie de formation», explique-t-elle.

Afin d’être à l’aise dans les disciplines de l’économie domestique en dehors du ménage privé, Fabienne Krättli effectue des stages dans la blanchisserie d’un EMS, dans le service de nettoyage d’un hôpital et organise elle-même une journée d’essai dans une boutique de fleurs. Lors de l’examen final en 2017, elle doit faire ses preuves devant deux expertes dans les domaines du nettoyage, de l’entretien du linge, de la couture, de l’accueil, du service, de l’art floral et de la cuisine. «L’examen était difficile en raison de la pression du temps et du cadre – un foyer pour personnes en situation de handicap», se souvient celle qui a ­surmonté ces épreuves avec succès. Depuis, elle est ­restée fidèle à Spitex Nidwalden: «Ce qui me plaît, c’est de pouvoir travailler avec mon équipe ainsi qu’avec des clientes et des clients très différents, ce qui apporte beaucoup de variété dans mon quotidien professionnel.»

Aujourd’hui, elle est cheffe d’équipe
Cette année, Spitex Nidwalden, qui compte environ 160 employés, n’est pas parvenu à pourvoir son apprentissage de gestionnaire en intendance. «Cela pourrait s’expliquer par le fait que l’on peut travailler dans le secteur de l’économie domestique sans apprentissage», réfléchit Fabienne Krättli. «Mais grâce à l’apprentissage, les employés de l’économie domestique acquièrent beaucoup de connaissances techniques précieuses, gagnent mieux leur vie et ont plus de possibilités de développement professionnel.» Elle-même a saisi l’une de ces possibilités: en 2020, elle a été promue responsable d’équipe pour l’économie domestique – une fonction d’encadrement pour une équipe de 18 personnes, qu’elle partage avec une collègue depuis début 2024.

Les métiers de l’économie domestique sont très importants – en particulier pour les personnes malades ou en situation de handicap.

Fabienne Krättli

Cheffe d’équipe d’économie domestique, ASD Nidwalden

Si Fabienne Krättli avait un souhait à formuler concernant le métier de gestionnaire en intendance, c’est qu’elle en changerait la perception: «Les métiers de l’économie domestique sont très importants – en particulier pour les personnes malades ou en situation de handicap. Pourtant, ils sont souvent considérés comme des métiers subalternes dans notre société. J’espère que les mentalités changeront bientôt à ce sujet.»

Sara Karimani (16 ans) est en première année d’apprentissage d’employée de commerce au service d’ASD Spitex Regio Tannzapfenland (TG). Dans sa formation, elle apprécie notamment la variété, l’équipe – et l’estime qu’on lui porte.

Sara Karimani (à g.), apprentie employée de commerce chez Spitex Regio Tannzapfenland, avec sa formatrice Zdenka Venzin. Photo: màd

A 16 ans, Sara Karimani, de Sirnach (TG), aime passer du temps avec sa famille et ses amis – et dans la nature. Ecouter de la musique est sa passion: «La musique me met tout de suite de bonne humeur», dit-elle. Dans le cadre de son apprentissage chez Spitex Regio Tannzapfenland (TG), elle n’a pas souvent besoin de se ­motiver en musique, ajoute-t-elle. «Après tout, je suis ­rarement de mauvaise humeur au travail.»

Au moment de choisir son orientation, Sara Karimani était à la recherche d’une entreprise formatrice qui aide les gens – mais comme elle ne supporte pas la vue du sang, les soins n’entraient pas en ligne de compte. Lorsqu’elle tombe sur une annonce pour un apprentissage d’employée de commerce auprès de Spitex Regio Tannzapfenland, elle pose immédiatement sa candidature. Elle est désormais en première année d’apprentissage et suit les cours à l’école professionnelle deux jours par semaine. «Au sein de l’ASD, j’ai des tâches très variées et j’apprends beaucoup de choses sur les soins et les sujets liés à la santé», raconte-t-elle. Elle s’occupe par exemple du courrier et des courriels, répond aux demandes téléphoniques, traite les inscriptions OPAN, commande du matériel de bureau, contrôle les entrées de paiement et envoie des rappels. «Mon ­apprentissage est extrêmement varié et j’apprends beaucoup. Bientôt, je pourrai même accompagner une collègue lors d’une évaluation des besoins», se félicite-t-elle. Elle apprécie aussi «énormément» son équipe, qui est très motivée et la soutient au mieux.

Ce que dit la formatrice
Spitex Regio Tannzapfenland, dont le siège est à Sirnach, compte 70 employés et forme actuellement deux assistantes et assistants en soins et santé communautaire (ASSC) et une infirmière ES; en août 2024, trois nouveaux apprentis ASSC commenceront leur travail. «Nous développons notre activité de formation également en raison de la nouvelle obligation cantonale relative à la formation», explique Zdenka Venzin, directrice adjointe et responsable des finances et des services centraux. Spitex Regio Tannzapfenland n’est pas tenue de proposer un apprentissage de commerce, mais il s’agit de la première organisation d’ASD du canton à le faire. «Obtenir l’autorisation pour cet apprentissage n’a pas été facile, mais c’était une demande personnelle de ma part», explique Zdenka Venzin, qui est également la formatrice attitrée de Sara Karimani. «Car l’ASD, qui est un monde à part en raison de son financement compliqué, a un besoin urgent de personnel qualifié pour son administration. Nos apprentis de commerce apprennent à connaître ce monde de A à Z, ce qui constitue un grand avantage.» Parmi de nombreuses candidatures, le choix de Sara Karimani a été le bon, se félicite la formatrice: «Sara a une capacité de compréhension rapide, elle est curieuse et a le goût des chiffres, elle travaille de manière autonome et pense en réseau.»

Pour moi, il n’y a pas de meilleure place de formation que mon apprentissage de commerce
chez Spitex Regio Tannzapfenland.

Sara Karimani

Apprentie employée de commerce chez Spitex Regio Tannzapfenland

L’apprentie apprécie l’estime qu’on lui porte
«Zdenka est une très bonne formatrice qui me témoigne beaucoup d’estime. J’ai vécu cela différemment lors de ma période d’essai», commente Sara Karimani. De plus, sa responsable de formation a un sixième sens et sait toujours si son interlocutrice a vraiment compris quelque chose ou si elle fait semblant, ajoute-t-elle en riant.

Après l’obtention de son diplôme, Sara Karimani aimerait peut-être obtenir la maturité professionnelle, ce qu’elle ne souhaitait pas pendant son apprentissage, et envisage de devenir elle-même formatrice. «Mais je veux d’abord suivre une bonne formation – et je me réjouis de ma formation chez Spitex Regio Tannzapfenland, car pour moi, il n’y a pas de meilleure place que la mienne.»

Sans formateurs engagés, une formation de qualité est impossible: Anestis Pasalidi (45 ans), de l’organisation d’ASD de Zurich, est l’un d’entre eux – et il est convaincu des nombreux aspects positifs de cette fonction.

Anestis Pasalidi dans le cadre de son travail de formateur professionnel chez Spitex Zürich. Photo: màd

«Je vis pour la formation», dit Anestis Pasalidi. A 45 ans, il a suivi, entre autres, une formation dans le support informatique, une formation d’infirmier diplômé CRS ainsi qu’une formation certifiée de formateur. Il travaille depuis onze ans pour Spitex Zürich – depuis cinq ans comme formateur professionnel. «Le fait qu’une organisation d’ASD forme elle-même des professionnels est important pour inciter davantage de monde à travailler dans le domaine des soins et de l’assistance à domicile. Réussir à susciter cet enthousiasme pour notre profession est essentiel pour une formation durable», souligne le Zurichois, qui compte le sport, la cuisine, la lecture et le temps passé avec des amis parmi ses hobbies.

Formation sur mesure chez Spitex Zürich
Spitex Zürich compte 1450 employés et forme actuellement 65 ASSC ainsi que 30 infirmières et infirmiers de niveau tertiaire. Anestis Pasalidi participe à l’encadrement de quatre apprentis ASSC – dont une apprentie qui effectue un apprentissage raccourci en deuxième voie de formation. «Il est primordial pour moi que tous mes apprentis sachent qu’ils peuvent venir me voir avec toutes leurs demandes et tous leurs problèmes, et que j’essaie de tirer le positif de chaque situation», explique le quadragénaire qui passe la moitié de son temps de travail à 80% à se rendre lui-même chez les clientes et clients – le matin en accompagnant l’un de ses «protégés» en apprentissage. Ce n’est qu’à partir du quatrième semestre que les apprentis ASSC pourront se rendre seuls sur le terrain, s’ils le souhaitent et s’ils disposent de l’assurance et des compétences nécessaires.

«La reconnaissance des soins infirmiers doit être plus grande»
Le modèle d’entreprise «Teamflex» de Spitex Zürich permet aux employés d’assumer une grande responsabilité dans la planification de leurs interventions (voir «Magazine ASD» 5/2023). «Cela me permet de planifier l’accompagnement de l’apprentissage en fonction des compétences et d’assurer ainsi une qualité de formation optimale», explique Anestis Pasalidi. «En effet, je peux m’attribuer, ainsi qu’à mes apprentis, des clientes et clients qui correspondent au module actuellement traité à l’école professionnelle. Je peux ainsi associer idéalement la théorie et la pratique et m’occuper de manière extrêmement personnalisée des apprentis. Parmi les aspects positifs de mon travail, je peux donner l’exemple, transmettre mes connaissances professionnelles et faire progresser la formation professionnelle», se félicite Anestis Pasalidi. «De plus, la diversité de mon activité m’enthousiasme et j’ai beaucoup de plaisir à travailler avec les apprentis – et à apprendre de leurs connaissances et de leurs points de vue.» Pour toutes ces raisons, il conseille aux autres employés de l’ASD d’envisager eux aussi de suivre la formation de formateur ou de formatrice.

Les formatrices et formateurs font aussi face à des inconvénients, concède-t-il. Ainsi, son activité de formateur est parfois soumise à des contraintes de temps lorsqu’il remplace au pied levé des collègues malades. Et le recrutement d’apprentis est parfois difficile. «Pour que nous puissions trouver suffisamment d’apprentis à l’avenir, l’image de la formation dans l’ASD doit progresser dans l’ensemble de la société», dit-il. «La société doit enfin reconnaître que l’ASD offrent une formation haute­ment professionnelle, dont la diversité des tâches et des clientes et clients n’a pas d’équivalent.»

Au sein du centre médico-social d’Avenches, rattaché à l’Association vaudoise d’aide et de soins à domicile (AVASAD), Aurélie Piguet (42 ans) a gravi de nombreux échelons tout au long de son parcours professionnel – en se formant et en se perfectionnant de façon constante.

Aurélie Piguet vit à Estavayer (FR), est mariée et travaille depuis dix-sept ans au centre médico-social (CMS) d’Avenches (VD). La responsable de centre de 42 ans a grandi dans la région: «Avec deux lacs à proximité, cette région est extraordinaire pour nos collaboratrices et collaborateurs qui passent leurs pauses dehors en été», sourit-elle. Elle-même apprécie les loisirs extérieurs comme la marche, les activités aquatiques et les raquettes. Elle se ressource aussi grâce à la lecture.

Un coup de cœur pour les soins à domicile
Aurélie Piguet a décidé très jeune de devenir infirmière. Elle entre à l’école de soins infirmiers avec l’idée de se spécialiser comme sage-femme. Après des stages effectués dans les domaines de la pédiatrie, de la maternité et en néonatologie, elle découvre les soins à domicile lors d’un job d’été puis d’un stage. C’est le déclic: «Après des stages dans des services de soins aigus et de soins intensifs, j’ai découvert ce qui m’intéressait le plus: la chronicité et le lien développé avec les clientes et clients à domicile», raconte-t-elle.

Diplôme en poche, elle profite notamment de voyager. C’est en 2007 qu’elle commence sa carrière au CMS d’Avenches en tant qu’infirmière référente. De 2009 à 2010, elle suit un CAS en soins palliatifs. «La volonté de mourir à domicile me questionnait et je souhaitais être plus à l’aise dans l’offre en soins dispensée dans les situations de fin de vie», dit-elle. En 2014, elle obtient le poste fraîchement créé d’infirmière clinicienne. Bientôt, une place de responsable d’équipe se libère. Sa responsable de l’époque voit en elle les compétences nécessaires à cette fonction et l’encourage à se former. Aurélie Piguet est intéressée par l’encadrement et la formation; elle est déjà formatrice en entreprise pour les apprentis. Elle se lance alors dans le brevet fédéral de responsable d’équipe dans des organisations sociales et médico-sociales. En devenant responsable d’équipe, elle devient la supérieure hiérarchique de ses collègues. «Dans une telle situation, le bon sens et l’intuition sont utiles», affirme-t-elle.

L’ambition intacte de se perfectionner
Nouvelle opportunité: le poste de responsable de centre est vacant. Aurélie Piguet postule et devient en 2018 la nouvelle responsable du CMS d’Avenches – «un poste prenant et gratifiant», impliquant management, écoute, ressources humaines et gestion administrative. Avec 65 employés pour 40 ETP, il s’agit d’un CMS de taille moyenne. Aurélie Piguet met un point d’honneur à garder sa porte ouverte: «Je suis la personne de contact en cas de problème, on vient souvent me voir pour chercher des solutions, des conseils ou de l’écoute.» Elle ajoute: «Les situations sont devenues plus complexes et j’ai conscience de ce que les gens vivent sur le terrain l’ayant moi-même expérimenté. C’est pourquoi j’essaie de soutenir au mieux mon équipe.»

Se former et évoluer sur le plan professionnel, cela signifie aussi sortir de sa zone de confort pour appréhender quelque chose de nouveau. Il faut en avoir envie et être prêt à le faire.

Aurélie Piguet

Responsable du CMS d’Avenches

La responsable est reconnaissante de l’appui de sa hiérarchie tout au long de son parcours professionnel. «En tant qu’employeur, l’ABSMAD (l’Association broyarde pour la promotion de la santé et le maintien à domicile) m’a aussi soutenue en libérant du temps et en finançant mes formations.» Travaillant à 80%, elle est convaincue de l’importance de la formation continue dans un secteur en évolution. Elle envisage désormais d’approfondir ses connaissances en éthique et encourage ses collaboratrices et collaborateurs à se former et à évoluer professionnellement. «Cela signifie sortir de sa zone de confort pour appréhender quelque chose de nouveau. Il faut en avoir envie et être prêt à le faire», conclut-elle.

  1. www.hauswirtschaft.ch/fr ↩︎

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